samedi 7 janvier 2023

Incantations. Sisyphes du Nouveau

Il vous faut du nouveau pour combattre l’ennui
En rasant monts et vaux cités comme bocages
Pour vous sentir vivants à l’orée de la Nuit
Vous libérer du joug qui vous maintient en cage !

C’est un chancre rongeant le faible espoir qui luit :
Vous scrutez dans les cieux d’oniriques chiffrages
Dont hélas le secret à jamais vous a fuis
Par l’abysse englouti au terme d’un naufrage.

L’ennui ce Minotaure erre dans le cerveau
Ténébreux labyrinthe où en victime offerte
Sans cesse on sacrifie de grands desseins nouveaux.

Vous quêtez le saint Graal de quelques découvertes
Dont l’éclat ne vaut pas ceux des Douze Travaux :
Cette quête est sans fin et mène à votre perte.

Sisyphes du nouveau dont le zénith est vain
L'Ennui vous renverra tout au fond du ravin.
Sisyphes du Nouveau © Mapomme
D'après une gravure d'Abraham van Diepenbeeck

vendredi 6 janvier 2023

Incantations. Le charme des pierres

Qui n’a jamais aimé ces murs épais de pierre
Maisons caméléons sur d’antiques rochers
Que d’ingénieux maçons subtilement copièrent ?
L’invisible édifice au piton accroché

Ne peut se déceler en aucune manière.
Parmi les châtaigniers à peine le clocher
De l’église romane est-il mis en lumière :
Pour le voir il faudrait du village approcher.

J’appartiens au maquis aux maisons séculaires
Depuis ma tendre enfance au silence envoutant
Attaché sans raisons qui me sembleraient claires.

Quand on tombe amoureux c’est toujours déroutant
Car on ne sait vraiment ce qui a pu nous plaire
Pour sans vrai but aller le silence écoutant.

Je ne vois d’autre endroit où je puis sans causer
Avoir la simple envie d'un jour m'y reposer.

Chiatra © Mapomme

jeudi 5 janvier 2023

Incantations. Jadis a le parfum des fleurs d’un pot-pourri

J’ai marché dans la ville ainsi qu’un étranger
Car dix ans sont suffi pour n’y rien reconnaître :
Les anciens bâtiments en mon âme inchangés
Ont été tous refaits des crépis aux fenêtres.

Les façades d’antan sont d’un jaune-orangé
Propres comme un sou neuf et venant de renaître ;
Mais tous les souvenirs que j’avais engrangés
Se sentent corrompus par ce nouveau bien-être.

Je retrouve les rues alors que les piétons
Me sont tous inconnus et sur la vaste place
Nul flâneur familier n’arpente le béton.

Dans le café très classe où je mangeais des glaces
Ont été remplacées les lampes en laiton :
Tout est soumis au Temps vainqueur de guerre lasse.

Du lieu où je suis né me voici pérégrin :
Ma visite a le goût d'un des fruits de l'aigrin.

1961.Place Saint Nicolas © Mapomme

mercredi 4 janvier 2023

Incantations. Horloge, affreux Titan rythmant les temps modernes !

Qui d’épines sema ma fade adolescence :
Qu’aurais-je pu conter si tel un philistin
J’avais vécu de joies dès après ma naissance ?

Sans fin tu bâillerais d’un ennui clandestin
Si de pétales seuls aux sublimes essences
Fut couvert mon chemin et que de longs festins
Ô Muse avaient rythmé mes nuits d’effervescence.

Heureusement pour toi comme nombres d’ados
J’ai humé l’ancolie dans les ruines modernes
En ces temps trop changeants pour de musards badauds.

Titan au cœur comptant le Temps qui nous gouverne
Dont toque le tic-tac au continu Credo :
Ce coeur bat tel un glas en mon horloge interne.

L’inextinguible ennui que ce tyran orchestre
Ronge jours comme nuits qu'il a mis sous séquestre.
Horloge, affreux Titan... © Mapomme
Avec l'aide de Martin Scorcese

mardi 3 janvier 2023

Incantations. L’humble grandeur humaine

On aimerait parfois remonter dans le temps
Doté des facultés d’une entité divine
Pour changer un naufrage en moment haletant
Tel un peintre retouche un détail qu’il affine.

Les jours seraient parfaits et sans cesse exaltants
Au point d’en devenir tristement insipides ;
Figurez-vous cueillant des bonheurs révoltants :
Quel ennui de franchir un Rubicon limpide !

Ce qui nous définit n’est pas la réaction
Sur de paisibles eaux mais au cœur des tempêtes
Et d'affronter les flots malgré les défections.

Crâner lorsque sonnent les glorieuses trompettes
Est plus simple qu’au sein de l'amère affliction
Quand la plupart ont pris la poudre d’escampette.

La grandeur des humains face aux chagrins certains
Est de n'avoir en mains nul pouvoir opportun.

Bataille d'Issos © Mapomme
D'après une fresque au Musée archéologique de Naples

lundi 2 janvier 2023

Incantations. Ce n’était qu’une trêve et la fête s’achève

Le goût de la tendresse et les vapeurs des vins
Aujourd’hui dissipés habitent nos mémoires
Qu’on n’aura pas brodées d’un soir festif en vain
Même si on remet les décos dans l’armoire.

Souvenirs ! Souvenirs ! Demeurent vos parfums
Et l’indicible joie d’une commune histoire
Renaissant aux repas que l’on voudrait sans fin 
Qui marquent sur le temps d’éphémères victoires.

Puis bien après minuit cette magie s’éteint
Et la salle est soudain plongée dans la nuit noire
Nos ôtant pour un an nos plaisirs enfantins.

Se sont tus à regret les propos libatoires
Les récits exhumés des souvenirs lointains
Émaillant le repas d’éclats jubilatoires.

Un nouveau jour frileux teint d’un éclair brumeux
La rosée du maquis et les flots écumeux.

Ce n'était qu'une trêve © Mapomme

dimanche 1 janvier 2023

Incantations. L’obscur fond de tableau

Tout n’est encor au loin qu’un drap enténébré
Telle une vierge toile à colorer d’aurore
Une page à remplir sur l’an à célébrer
Et la nuit qu’abolit le feu d’un sémaphore.

Dis nouvel an naissant nous feras-tu vibrer
Au prodige inconnu qu’un miracle élabore
D’un injuste désordre enfin équilibré
Et l’atroce folie guérie par l’hellébore ?

Le jour à l’horizon n’a pas encor paru
Et tremblant sans raison un jeune aulne frissonne :
Tout livre du futur s’avère un texte abstrus.

Divin potier des jours qui la glaise façonne
Fais des aubes dorées sans nul écart accru
Et des épis nombreux que tout humain moissonne.

Tout est encor confus fond obscur d’une toile
Où esquisser l'espoir qui lèverait la voile.

L'obscur fond de tableau © Mapomme