lundi 14 novembre 2022

Amères Chroniques. La folle frénésie des cités opulentes

Ou une épidémie mal obscur qui décime
L’opulence insouciante et la joie malmenant.

Les ors sont-ils péché et le fléau la dîme
Qui serait à verser au Destin immanent
Pour avoir trop dansé à l’orée de l’Abîme
En cachant sa lignée née parmi les manants ?

Le bonheur et la joie dont la Cité profite
Sont-ils un dol qu’on prend du levant au ponant
Sans remord exprimé l’âme de joie confite ?

Sans cesse on vit la peur en notre esprit sonnant
Le tocsin alarmant les marchands et l’élite
De quelque apocalypse ici-bas moissonnant.

Alors il faut jouir des biens et des plaisirs
Avant que ce tocsin ne vienne nous saisir.

La folle frénésie © Mapomme
Avec un demi-coup de main d'Albrecht Dürer

dimanche 13 novembre 2022

Amères Chroniques. Chaque jour vers l’Enfer nous descendons d’un pas

Titre emprunté à Charles Baudelaire

Holdings dont les buildings se dressent vers le ciel
Cathédrales d’acier de la foi monétaire
Comme Rome autrefois pourchassa l’essentiel
Principe accréditant les cycles planétaires

Des savants asservis aux honneurs officiels
Clament « Les maux sont bons selon les vrais critères ! »
Et le peuple les croit vain et superficiel
Craignant un avenir qu’il voit austéritaire.

Pour garder le présent il joue son avenir
Et juge accidentel un constant phénomène
Vénérant un antan tel un pieux souvenir.

Il croit ceux qui prêchent très loin de leur domaine
Clamant que sans effort on peut tout contenir
Que de mauvais savants vers l’Abîme les mènent.

Dévots du statu quo braves gens dormez bien !
Gardez jusqu'au ravin un furtif quotidien...

Chaque jour vers l'Enfer nous descendons d'un pas © Mapomme
D'après Erik Ludvig Henningsen

samedi 12 novembre 2022

Amères Chroniques. Quelquefois sous les cieux nous dormons insoucieux

 À Stanislav Petrov

La vie tient à un fil : elle me l’a appris.
La Camarde a marqué mes très jeunes années
Quand ma famille un jour en a payé le prix
Frappée en un éclair même aux âmes bien nées.

Passé mes quarante ans – je l’ai déjà écrit -
Au grand péril ma vie fut un soir condamnée
Et j’aurais succombé sans pousser un seul cri
Sans un ange tenant à la voir épargnée.

Mais j’ignorais alors que j’étais en sursis
Depuis quinze ans déjà ; la Terre rescapée
D’un danger qui aurait l’horizon obscurci

Avait failli de nuit voir toute vie happée
Par le feu nucléaire sans hausser les sourcils :
La Russie brusquement allait être frappée.

Tout seul un officier au cœur de cette alerte
Permit au monde entier d'échapper à sa perte.

Nous dormons insoucieux © Mapomme

vendredi 11 novembre 2022

Incantations. Par les bois, le maquis, quêtons le temps enfui

J’aimerais tant savoir des plantes le secret
Pour retrouver le goût des recettes perdues ;
Nous bannissons l’ortie condamnée par décret
Et les herbes des champs lors de marches ardues.

J’ai conservé le goût des saveurs que m’offrait
Ma grand-mère autrefois dont les soupes goûtues
Semblaient une magie sortie d’un vieux coffret ;
Avec elle envolée, la coutume est foutue.

On peut baguenauder par buissons et forêts
Quand se perd un ancien sa formule est connue
Mais pas la façon dont elle l’élaborait.

Est perdue la magie sans la moindre cornue ;
Avec de l’intérêt peut-être qu’on saurait
Si nous n’eûmes l’esprit aux choses saugrenues !

Doublement orphelins d’un être et de sa science
Pleurons de n'avoir eu cette exquise patience.

Par les bois, le maquis © Mapomme
D'après le jeune Van Gogh

jeudi 10 novembre 2022

Élégies. Dans l’ombre d’un modèle il est de noirs secrets

Dépourvu d’auréole et d’une paire d’ailes
Cet ange est l'ébauche d’un leurre triomphant.

Sous le vernis parfait et pourtant peu fidèle
Se cachent des secrets honteux et étouffants
Qu’ils protègent au cœur d’épaisses citadelles
Faites d’hypocrisie et de verbe esbroufant.

Il suffit d’un seul couac pour que tombe le masque ;
On découvre horrifié le revers méconnu
Les impures passions et les intimes frasques
Qui font soudain de l’ange un vil démon cornu.

D'ébauche à débauche sourd l’illusion fantasque
D'un Idéal commun à tout peuple ingénu.

Dans l'ombre d'un modèle © Mapomme
D'après Raphaël et Goya

Élégies. Au pied d’un chêne vert un champignon pervers

Marchant dans la forêt on cueille au pied d’un chêne
Giroles et bolets au hasard des chemins ;
On emplit le panier pour les poêlées prochaines
Qui feront les délices des repas de demain.

Il faudra distinguer pour s’éviter des peines
Vêtue de faux-semblants toute ivraie du bon grain
Et se défier surtout du danger d’une aubaine
Portant sous ses attraits le poison du chagrin.

Nous avons tous payé la balade légère
Où mêlant vérité et traître faux-semblant
Nous cueillons sans savoir des tristesses viagères.

Dépourvu de savoir ne prenez pas pour blanc
Le cœur d’ombre dormant à deux pas des fougères
Qui viendra instiller un venin accablant.

Un champignon pervers © Mapomme
D'après Edvard Munch

mardi 18 octobre 2022

Incantations. À quoi bon embellir la ligne de ton cœur ?

Comme la peste fuis les amours de jadis !
Elles ont le parfum de ces fleurs desséchées
Qu’au printemps tu cueillis en un vert paradis ;
Il est d’anciennes soifs qui ne sont étanchées.

Ne te leurre jamais d’un vieil hymen maudit
Aux soupirs vénéneux où se sont retranchées
Les vaines nostalgies de ton cœur ébaudi ;
Sur ce cœur l’illusion s’est lentement penchée.

Tel un peintre retouche un tableau sans arrêt
Tu repeins le passé d’une couleur nouvelle
Embellissant sans fin ce qui à l’œil paraît.

Même un fruit non cueilli se gâte et se tavelle
Et le bassin d’eau claire est devenu marais
Où traînent des remords nés d’ambitions nouvelles.

Tu rectifies la main peintre chiromancien
Mais ne peut rendre neuf un fol amour ancien.

La ligne du coeur © Mapomme
D'après Le Caravage