samedi 18 septembre 2021

Elégies. Nul ne saisit pourquoi libres vont les chevaux

Une chose imprévue virus ou accident
D’un grand chamboulement peut s'avérer la cause ;
Notre vie ordonnée perd son but évident
Soumettant notre esprit à d'atroces psychoses.

Qu’il faille s’arrêter aux aléas cédant
Voyant ainsi courir chacun sans nulle pause
Égaré en chemin dans ce rythme obsédant
On sent comme on était proche de l’overdose.

Alors on nous croit fou quand nous sommes nouveaux
Vivants remis à neuf par un destin contraire
Qui ouvre les enclos muselant les chevaux ;

Virus ou accident de façon arbitraire
Ouvre un autre horizon à nos pauvres cerveaux
Qui d’un laid quotidien ont enfin pu s’extraire.



Pourquoi libres vont les chevaux © Mapomme

Elégies. À l’automne approchant

Insouciant j’ai vogué en mes lointains printemps
Sur le calme océan de la joie éternelle ;
Je me leurrais alors de cet avril constant
Mon esprit envahi d'idées irrationnelles.

Ne pouvant décider ce jour et le suivant
D’un futur au long cours objet de mes querelles
Toujours dans le passé je cueillais l’émouvant
Souvenir déformé de fables temporelles.

À l’automne approchant assis à mon bureau
Je décide à présent l’esprit toujours alerte
Menacé par des cieux sombres et fulguraux ;

Par ma bonne santé l’hiver peut durer certes
Mais sans espoir d’avril des jours inauguraux
De belle ou terne vie indicible est la perte.




À l'automne approchant © Mapomme

jeudi 16 septembre 2021

Elégies. Paradoxal plaisir d’un tourment extatique

Qui donc n’a éprouvé une folle passion
Pour un art ou un sport produisant ce mélange
Étrange de souffrance et de sublimation
Puisque l’un comme l’autre encourage au challenge ?

Dans mes jeunes années sur la corde en nylon
Je déformais mes doigts et mes pauvres phalanges
Cherchant l’accord parfait dans l’estival salon ;
Sous l’effort répété ils se tordent et changent.

En dépit des douleurs naît pourtant le plaisir
Et même de l’extase — orgie spirituelle
Où le divin unit la grandeur au désir !

La volupté des arts l’ivresse sexuelle
S’apparentent souvent permettant de saisir
Que souffrir dans la joie est quête habituelle.



Paradoxal plaisir © Mapomme

dimanche 12 septembre 2021

Nouveau siècle. Un pays libéré a asservi son peuple

Voici Kaboul livrée aux mains des Talibans
Et un temps révolu qui se rouvre avec force
Tandis que l’on croyait voir du progrès l’amorce :
Or les obscurantins ne sont pas Caliban !

Dans cette tempête Prospero met au ban
Les desseins noirs celés sous l’honorable écorce
Sachant qu’à la parole ils feront tous entorse
Dans les travers d’antan très vite retombant.

Et l’Espoir bel espoir d’un avenir radieux
Sera livré à l’ombre où les iris se meurent
Et où le souvenir tel un spectre demeure

Clabotant de dépit au nom d’un même Dieu.
Sur l’avenir perdu une jeunesse pleure
Destinée à l’horreur de tribunaux odieux.

Kaboul ! loin mais si près : combien de larmes coulent
À l'abri des burqas où des rêves s'écroulent ?



Un pays libéré a asservi son peuple © Mapomme

Nouveau siècle. Amer anniversaire : un jour presqu’ordinaire

Comme à mon habitude en ce jour je blaguais
Quand soudain un copain en général affable
Entra dans mon bureau m’annonçant l’ineffable
Et l’écoutant parler j’ai cru qu’il divaguait.

Puis nous sommes allés factotums et laquais
En salle de repos vérifier l’incroyable :
La télé annonçait cette info effroyable
D’un avion percutant une tour près d’un quai.

Puis d’un coup un second sous nos yeux atterrés
Heurta pareillement la proche tour jumelle
— Spectacle hallucinant où le dégoût se mêle
À la beauté terrible qu’on ne peut altérer.

La folie gouvernant par le feu et le fer
L’homme nous révélait la noirceur de son âme
Et croyant servir Dieu se destinait aux flammes
— Un nouveau bolge ouvert au cœur de nos enfers.


Amer anniversaire © Mapomme

samedi 11 septembre 2021

Elégies. Que sont les étoiles...

 Ce soir j’étais assis sur un vieux banc du parc
— Un de ces bancs en bois à la terne peinture 
Et j’observais Orion et son sidéral arc
Moins visible souvent que ne l’est sa ceinture.

Toujours les étoiles apaisent mon esprit
Car la luminescence est un don éphémère
Laquelle est pour l’enfant une ambition sans prix ;
Mais quand l’astre pâlit la disgrâce est amère.

Des étoiles brillaient plus fort que leurs consœurs
Et rien n’explicitait l’étrange différence ;
Puis j’ai réalisé que l’infinie noirceur
Prenait plus d’espace que cette exubérance :

Que sont les étoiles s’il n’y a cette nuit
Cet immense écran noir sans lequel rien ne luit ?


Que sont les étoiles... © Mapomme

Elégies. Serviteurs d’un maître dont la splendeur aveugle

Nous servons quelquefois un porteur de lumière
Dont la splendeur aveugle et masque les chemins
Si nous sortons de l’ombre à cette aube première
En ivres phalènes craignant les lendemains.

Tout soleil éclatant en quittant la tanière
Où craintifs nous allions tâtonnant de la main
Voulant marcher au jour sous l’or d’une bannière
Nous éblouit hélas faussant notre examen.

À trop jouer les saints ces guides sont chimères
Sans nulle auréole mi lions mi serpents ;
Remâchant en nos cœurs une rancune amère
Ne servons pas un maître à genoux en rampant.

Mauvais maître est celui qui viderait ma tête
Afin de mieux l’emplir de dogmes et sornettes !



Mauvais maître est celui qui viderait ma tête © Mapomme