mardi 15 mars 2016

Les 30 calamiteuses. Les hyènes nous rongent

Les hyènes nous rongent le peu de gras du dos
Dévorent nos cerveaux lentement sans rien dire
Sucent en silence la moelle de nos os
Semaine après semaine et préparent bien pire

Les hyènes triomphent à l’encre des échos
Et lassés on renonce à ces verbaux délires
Qui dictent les pensées des anciens des ados
Limitant la révolte aux tags qu’on peut écrire

Les hyènes se bâfrent de tous nos héritages
Auxquels nous renonçons sans livrer de combat
Sans notaire assurant cet injuste partage

Or les chasseurs choisis rarement nous protègent
Nous livrant à leurs crocs nous tirant vers le bas
Les hyènes se moquent de nos piteux cortèges 
 
Les hyènes nous rongent © Mapomme 


lundi 14 mars 2016

Rimes de saison. Les rêves égarés

C’est un venin qui calme un moment le poison
Coulant dans les veines magma né d’un cratère
Engendré par le ventre embrasé de la terre
Quand tous les horizons mènent à des prisons

Sur un carton crasseux dans un squat délabré
S’injectant sa dose d’un Léthé illicite
Le chevaucheur d’oubli sous des cieux d’anthracite
S’envole loin des rues d’un monde enténébré

Ce dard chaud dans son bras mène au rêve égaré
Un jour abandonné pour une voie nouvelle
Éphémère envie d’un être désemparé

Allant beaucoup trop loin en quête d’absolu
Se cramant toujours plus le cœur et la cervelle
Il crèvera d’un fix à trente ans révolus  
 
 Les rêves égarés © Mapomme et Danny Boyle


Réminiscences. S'enivrer du Léthé

J’ai vomi comme un chien dans le caniveau sale
Tous mes futurs bannis et l'impossible Espoir
Disparu en fumée, dans le ciel de la salle :
Où sont les étoiles et la beauté des soirs ?

À genoux, à gémir dans le profond silence,
En voulant ignorer l’origine du mal,
Du vide qui me noue les tripes et la panse,
Mais sans pouvoir combler cet espoir animal.

Si je remplis mes nuits d’éphémère amnésie,
Effaçant à l’alcool un  rêve du passé,
Je saisis la raison d’insensées frénésies,

Des excès des week-end, des cuites colossales,
Qui comblent de néant un dossier à classer,
Ressorti samedi dans le caniveau sale.
S'enivrer du Léthé © Mapomme 


dimanche 13 mars 2016

Rimes de saison. Le nouveau monde

C’est un havre au Ponant qu’abordent les migrants
Un nouveau continent après un long voyage
Ils foulent une forêt aux acacias fragrants
Où le vent murmure son chant dans les feuillages

Les épis sont très hauts dans les immenses champs
Fertile est la terre verts sont les pâturages
Qu’offrent aux arrivants les vallées du couchant
La faim n’existe plus dans ce lieu sans orage

Quand je serais trop las de demeurer ici
J’aimerais m’éveiller quand la chaloupe touche
Ce nouveau continent des antiques récits

Le soleil s’y lève quand ailleurs il se couche
Et la vie y renaît quand celle-ci s’achève
J’aimerais vivement m’imprégner de ce rêve
 
 Le nouveau monde © Mapomme

samedi 12 mars 2016

Rimes de saison. Le printemps du crépuscule

Que coule le soleil sur mon cœur boréal
Et qu’ainsi ravivé un dernier feu l’enflamme
Que fondent les neiges qui glacent l’idéal
À sa source pure j’oublierais tous les blâmes

Les épreuves passées et les désillusions
Qui ternissent l’éclat des fugaces aurores
Tel un métal luisant subit la corrosion
D’une larme d’acide et qu’aucun feu ne dore

Qu’un ultime printemps fassent surgir les fleurs
Qui dans un herbier clos sommeillent desséchées
Prés du corps empaillé d’un bel oiseau siffleur
Pour que la vie renaisse et ne soit plus cachée

En ce cas je pourrais quitter le monde heureux
En ayant effacé l’indélébile marque
D’un précoce automne par des jours chaleureux
Et je me moquerais des vacheries des Parques
 
Le printemps du crépuscule © Mapomme 

vendredi 11 mars 2016

Les 30 calamiteuses. Je cherche un ogre

L’ogre écarlate est mort et les désespérés
Ne savent où trouver l’éclat d’un brin de paille
Dans la noirceur luisant qui pourrait éclairer  
Le silence des nuits et les jours de grisaille

La jarre de Pandore a vu s’enfuir ce brin
D’or et ne retient plus que l’angoisse et la crainte
Dès demain les maîtres seront les malandrins
Qui nous feront trimer tremblant sous la contrainte

L’excès sera le temple où les déshérités
Croiront voir le flambeau qui saura les défendre
Faisant fondre les fers de la précarité
Ne laissant des palais des repus que des cendres

Naîtront dans ces brouillards nombre d’ogres nouveaux  
Rendant les démunis plus empreints de détresse
Face aux haines nourries par tous ces faux dévots
Quand leurs rivaux suivront la perfide prêtresse 

Car lorsqu’un ogre meurt qu’il soit rouge ou bien vert
Il se fait un grand vide et nous supposons vivre
Libres ou libérés au cœur d’un monde ouvert
Or tout vide est comblé et aux ogres nous livre
 
Je cherche un ogre © Mapomme 



dimanche 6 mars 2016

Rimes de saison. Le seigneur des ronces

Je me pique souvent de savourer des mûres
Je me pique les doigts lors de cette moisson
Et j’aurais bien besoin de porter une armure  
Pour ne plus écouter persiflant sa chanson
Le merle me raillant dans l’ombre des ramures

Le seigneur des ronces picore les buissons
Il est dans son jardin et rit de mes blessures
Je m’écorche et il chante un air à sa façon
Gai de me voir peiner avec mes meurtrissures
Tel un ami moqueur qui nous fait la leçon

Absurde naufragé qu’un faux passé consume
Tes regrets sont poison qui gâte ton présent
Ce qui n’a pas été génère une amertume
Altérant ce qui est d’un venin déplaisant
Ce qui pourrait naître endosse un noir costume

Tu traverses la vie en blasé suffisant
Sur le flot des damnés rongé d’un spleen posthume
Tel un Atlas ployant sous un monde pesant
Tandis que le nocher canote sur l’écume
Et que tu dis tes vers aède ironisant

Tu m’ennuies beau merle clamai-je en me piquant
La vie est un maquis tout hérissé de ronces
Qui nous blessent les doigts d’aiguillons mordicants
Sitôt qu’on veut glaner des secrets la réponse
Un vrai sens à la vie un sens tout expliquant

Mange les baies sucrées et aux questions renonce
M’indique le merle sifflant son air plaisant
Le bilieux ne devient jamais seigneur des ronces
Nigaud profite donc de chaque instant présent
Doux-amers sont les fruits de cette vie absconse
 
Le seigneur des ronces © Mapomme