dimanche 17 janvier 2016

Rimes de saison. La peur de se brûler les ailes

Il a jadis aimé d’une passion ardente
Il n’a pu renaître de ce dévorant feu
Icare a survécu sans l’envie débordante
De s’envoler encor quand il chut des cieux bleus

Elle a beau se montrer aimante et prévenante
Toujours elle aperçoit des voiles nuageux
Qui viennent embrumer nuées intermittentes
L’éclat soudain naissant dans un regard heureux

Si cet orage ouvrant son aile menaçante
Éclatait libérant enfin un flot furieux
Et que disparaisse cette ombre permanente
Mais la malédiction toujours s’immisce entre eux

Jalouse elle maudit l’intruse revenante
Qui ne peut reposer parmi les béguins feux
Il ne sait comment dire à l’attristée amante
Qu’il l’adore en effet mais se méfie du feu
 
 Se bruler les ailes© Mapomme


Rimes de saison. La fleur aux dents

Un jour je suis parti tout content de chez moi
Plus excité qu’heureux d’enfin vivre ma vie
Sans penser au passé sans ressentir d’émoi  
 En mustang retrouvant sa liberté ravie

Lorsque je dis “chez moi“ ce n’est pas vraiment ça
Car il n’était pas mien en toute minutie
Je ne connaissais rien d’autre que mi casa
Et mon pauvre horizon souffrait d’anorexie

Je suis parti le cœur léger pour ce là-bas
Où le soleil brillait plus fort qu’en Italie
Sans songer qu’en passant le seuil de la casbah
Je chasserai bien plus que ma mélancolie

Ce fut en revenant que j’ai soudain compris
Combien j’étais barbare au pays de cocagne
Que je toisais jadis avec un grand mépris
Dont je voyais les murs comme ceux de mon bagne

Le marin franchissant les gouffres infinis
Pour joindre un continent d’inédits paysages
En retournant chez lui s’y sentira puni
Tout lui est étranger les maisons les usages

Quand j’ai revu enfin les maisons du pays
Aux cheminées fumant tel un encens aux mânes
J’ai su que mon périple en des contrées profanes
 Détissait la trame d’un collectif récit
 
La fleur aux dents© Mapomme 


Rimes de saison. Labyrinthe matutinal

L’agonisante nuit me réveille parfois
Avant d’avoir atteint les frontières du songe
Car d’étranges tracas surgissent et me rongent  
Tel un aigle olympien sans possible pourvoi

La quiétude envolée j’erre dans la maison
Désorienté sans but comme un piteux fantôme
Qui dans un château vaste atermoie et se paume
Jusqu’aux primes lueurs éclairant sa raison

Le jour pâle et confus à l’horizon se lève
Le lac dont l’onde lisse au calme artificiel
Émeraude l’azur miré du vaste ciel
On ne saurait dire si l’on vit ou l’on rêve

Le spectacle entrevu par l’étroite fenêtre
Par sa simple beauté apaise enfin l’esprit
Du sombre labyrinthe où l’éveil m’a surpris
Je trouve la sortie pouvant au jour renaître

Par magie les choses se remettent en place
La vie retrouve un sens délivrée du néant
Et mon cœur ne craint plus ses abysses béants
Dont la simple pensée d’inquiétude le glace

Sur l’humide rocher un pinson mâle chante
Sa chanson éclaire le matin de gaieté
Chassant les ténèbres et instaurant l’été
 L’été d’une journée fraîche et réjouissante
 
 Labyrinthe© Mapomme + Pasolini


Rimes de saison. L’invocatrice de l’Inaccessible

J’étais allé sans but à un concert de rock
Sans apprécier vraiment le chanteur et son groupe
Les gens hurlaient dansaient tels des zombies en troupe
Je demeurais figé solide comme un roc

Les amplis aboyaient inondant tout l’espace
À mon côté braillant possédée d’un démon
Intérieur une brune étendait ses bras longs  
Suppliant le leader qui demeurait de glace

Entre rire et larmes sa flamme déclamant
En vain car les amplis noyaient toute supplique
Et vue de la scène l’assemblée hystérique   
N’était qu’un magma sombre agité et dément

La brune se pâmait et je l’ai rattrapée
Car la masse en transes tels des gnous accourant
L’eût piétinée à mort sur un rythme enivrant
Craignant l’humain torrent à la branche agrippée

De mes bras vigoureux pour le reste du show
Elle s’est accrochée pour finir sur ma couche
Je pensais à une autre en goûtant à sa bouche
En songeant au chanteur elle eut des moments chauds

Le soleil ennemi de l’encre et de ses rêves
Délivra sans pitié sa triste vérité
Je l’ai laissée partir lorsqu’elle m’a quitté
Les bonheurs mensongers ont l’existence brève
 
Invocatrice de l'Inaccessible© Mapomme 


samedi 16 janvier 2016

Rimes de saison. Dark animals eleminate shining humans

La pluie peut être brusque et se montrer violente
Détruisant tout labeur dans son torrent furieux
Peu suffit pour gommer son action désolante
Et le temps en ressort sans cesse victorieux

Pareillement le feu et le soleil ravagent
Les espoirs des fermiers le temps d’une saison
Lesquels se sentiront dépourvus de courage
Pluie et soleil feront venir la fenaison

La bourrasque arrache les fruits et les promesses
Et on maudit ce vent survenant du Levant
Qui emporte feuilles et radieuse jeunesse
Jusqu’alors négligeant l’hégémonie du vent

L’émondeur des forêts soudain brise nos rêves
Le monde se réveille avec un goût amer
Car l’ennemi sifflant ne veut ni paix ni trêve
Hurlant à notre fenêtre un souffle de l’enfer

Pourtant tout ouragan comme il est né s’épuise
Qu’est-ce qu’une tempête dans la marche du temps
Croulent les empires que des hordes détruisent
Et on perdra le nom des vainqueurs de l’instant

Le vent peut tempêter et hurler aux fenêtres
Il est le conquérant plantant son drapeau noir
Que le matin frileux se plaît à laisser naître
 Et qui disparaîtra dans la brume du soir
Dark animals eleminate shining humans© Mapomme

dimanche 10 janvier 2016

Rimes de saison. La parenthèse en chansons

Le hasard quelquefois invite le passé
Le temps d’une chanson on veut se plaire à croire
Qu’un phénix ressuscite et répète l’histoire
Que les ans égrenés sont soudain effacés

Dans les factices feux d’une fête estivale
On boit on rit on chante au cours d’un apéro
On s’émeut avec Freddie Pascale et Véro
Invoquant nos jadis tandis que l’on avale

Les agapes salées et que l’on abolit
Communiant en un chant les heures revenues
Riant des paroles aujourd’hui saugrenues
D’un texte qu’autrefois on trouvait fort joli

Pétillent les regards à l’instar du Champagne
On se trompe et on s’aide avec hésitation
Puis on se marre enfin gloussant avec excitation
D’avoir pu retrouver des heures de cocagne

C’était enfoui en nous dans nos cœurs bien scellés
Ces instants révolus de jeunesse envolée
Que l’on croyait perdus en quelque mausolée
Qui durant vingt couplets voulaient se rebeller

Assez vite on comprend que ce moment fragile
Ne sera exhumé que lors d’une chanson
Puis triste l’on boira le vin de l’échanson
 Car le phénix hélas a des ailes d’argile
 
 Sur un un air de champagne© Mapomme + Anne Onyme


samedi 9 janvier 2016

Rimes de saison. Nuages des Lotophages

Je relevai la tête et je vis des nuages
En rochers-champignons aux strates de gris-bleu
Fragiles reflets d’un gréseux paysage
Où les corps solides deviendraient nébuleux

Nos rêves sont sans cesse au tangible semblables
Se diluant hélas aux souffles pluvieux
Aile de papillon entre nos doigts friable
Messie nous délaissant en ce bas monde odieux

Quand on voudrait bâtir des empires de sable
Que la moindre écume d’un automne venteux
Réduit en souvenir en regret immuable
Faisant de nous une ombre un errant loqueteux

Nos amours sont aussi de trompeuses images
Une tremblante flamme à l’hiver orageux
En pâture livrée aux vérités sauvages
Toute naissante aurore est un phare outrageux

On se leurre pourtant d’un sublime partage
Et d’un voyage à deux vers l’avenir radieux
Refusant de songer que l’on peut être otage
D’un mirage agitant un espoir insidieux

Alors j’ai regardé vers le sentier d’argile
Pour dissiper tout rêve en mon esprit trembleur
L’espoir est un Judas jouant nos cœurs fragiles
Quand dansent les nuées au charme ensorceleur
 
 Sur les ailes du rêve© Mapomme