dimanche 8 février 2015

Rimes de saison. Miroir mon beau miroir

Miroir mon beau miroir où se meurt ma jeunesse
Bel avaloir d’années je mincis sans finir
Et dans le même temps s’étrécit l’avenir
Que me chaut l’effroi du Salut des moinesses

Miroir mon beau miroir s’égrènent les années
Hier semble plus beau qu’aujourd’hui et demain
Au point qu’on se demande où mène le chemin
Et les marguerites sont à présent fanées

Miroir mon beau miroir le bel azur s’étiole
Chassé les par cieux gris et de sombres nuées
Nos belles illusions en néant sont muées
On ne peut déloger cette sale bestiole  

Miroir mon beau miroir si d’un seul jet de pierre
Je brisais ta morgue pour ne plus voir le temps
Fièrement parader en tyran irritant
Si enfin je sortais l’épée de ma rapière

Miroir sale miroir comparse de l’horloge
Peu m’importe tu sais les sept ans de malheur
Entier tu m’as offert des années sans couleur  
Penses-tu mériter pour ça le moindre éloge



samedi 7 février 2015

Rimes de saison. Les mimosas enneigés

Où allons-nous mes chers amis où allons-nous
Si nos blonds mimosas de neige se revêtent
Si grelottant de froid flageolant des genoux
Nos carnavaliers défilent à la sauvette

Où va le monde on se demande avec frayeur
Si dans les rues glacées des hommes de froid crèvent
Si en vain tant de gens cherchent un employeur
Que l’existence soit un long tourment sans trêve

Où va l’humanité interpellent nos cœurs
Si l’on tue sans ciller la moindre différence
Et qu’on torde le cou au beau merle moqueur
Si l’avide de sang bannit la tolérance

Comment sera demain que dirons nos enfants
Si le monde s’endort et joue à monsieur Plume
Et si le mal croissant croassait triomphant
Que nos aubes grises pèsent comme une enclume
Mimosas en neige © Mapomme


Rimes de saison. Au cœur du tourbillon

Je suis comme l’écume accumulée sur l’onde
Tournoyant et dansant au cœur du tourbillon
Craignant cet inconnu des ténèbres profondes
Où le cœur peut se prendre au fatal ardillon

Vertige de l’abîme et terreur des abysses
Dois-je plonger soudain paisible et les yeux clos
Ignorant la malice en l’ombre prédatrice
Qui veut me briser tel un frêle bibelot

Mais qu’aurais-je à gagner en quittant la surface
Même si j’y subis la pluie et le blizzard
Dois-je sans plus jouter quoique je dise ou fasse
Me laisser entraîner et m’offrir au hasard

Rien n’est plus incertain que cette servitude
Aimant ses propres fers consistant à s’offrir
Au cœur de l’inconnu rongé par l’inquiétude
Et dont on sait d’instinct qu’on ne peut qu’en souffrir 
Vertige de l'abîme © Mapomme



jeudi 5 février 2015

Rimes de saison. Lamento du Spitzberg

Lorsque l’espoir se meurt l’hiver n’a plus de fin
Comme un oiseau gelé on reste sur sa branche
Dans une nuit polaire où nulle aurore franche
Ne ranime des cœurs depuis des mois défunts

Défunts à petit feu petits pas petits riens
On franchit la frontière en moins de temps qu’on pense
Pour le pays maudit où tout est décadence
Où l’on erre étranger dans l’éther cybérien

Les rues qu’on a connues ont le regard éteint
Les places sont noyées d’une ombre pénétrante
La vie est insipide et même incohérente
Hier décomposé et demain incertain

Il n’est plus qu’une envie quitter ce lieu malsain
Pour un pays où volent d’étranges sarabandes
Aveuglant l’or des cieux qui baigne Samarcande
Où l’on transmutera un audacieux dessein 
Samarcande © Mapomme 



mardi 3 février 2015

Rimes de saison. Tout Titan tait ses torts

Le Titan tord les corps dévorés sans effort
Tous les humains s’effraient de l’appétit féroce
Du géant primordial offrant la mort atroce
À quoi médite-t-il en son intime for

Fourmis vous m’agacez dit le Titan hautain
Il faut briser vos os pour pouvoir en extraire
L’essentielle moelle des tourments éphémères
Tout poète est un monstre insatiable et hutin

Il s’en va moissonner le trouble de vos cœurs
Afin de mieux combler le vide de son âme
En vampire aspirant tel un puissant dictame
Le suc des regrets ô divine liqueur

Mais le troupeau ne peut comprendre le Titan
Dont le front constellé s’ensemence d’étoiles
Et dont les yeux de feux de l’Infini se voilent
L’Infini aux soleils ardents et cécitants  
Titan © Mapomme avec l'aide de Jack



dimanche 1 février 2015

Sonnets. Osmose féline

J’ai plus souvent trouvé dans les yeux verts d’un chat 
Cette compréhension absente chez les hommes
Ceux-ci trop imbibés de leur prêchi-prêcha
Parlent pour ne rien dire et sans fin nous assomment

Pas de chats à la messe pour l’hostie et le vin
La parole permet les phrases patelines 
Sur son divan le chat ignore les mots vains
Un seul regard suffit à la gente féline

Voici pourquoi l’on voit de la Corse au Poitou
En compagnie d’un chat les pires solitaires  
Le silence adorant comme nous les matous
Savent dans les salons la saveur de se taire

S’il est inquiet le chat se calme d’un regard 
Et quand il est content nous montre des égards
Osmose féline © Mapomme



Rimes de saison. Renaissance

Et le onzième jour on créa l’assassin
Loin du jardin d’Éden fait de boue et de haine
Petit tyran portant la pensée allogène
Répandant peine et sang au nom d’un livre saint

Depuis ce minaret
Tombe un fatal arrêt
Des esprits vont sans âme
Sous la noire oriflamme

Et le onzième jour sous son soleil de nuit
Le sang sera versé au pays des Lumières
Sans pouvoir bâillonner l’ironie de Molière
Qui se railla toujours du dogme et de l’ennui

Depuis ce minaret
Tombe un fatal arrêt
Et s’empliront les rues
D’une âme disparue

Parce qu'Humanité
Rime avec liberté
Dessin de François Schmidt