mardi 15 juillet 2014

Sonnets. Arrêtons les frais…

Sur la place nimbée de feux multicolores
Guirlandes entamant le néant de la nuit
Un peuple agglutiné assemblage fortuit
Répondait à l’appel de l’annuel folklore

Mais l’été frissonnait des ondées insolites
Venant l’après-midi pour chasser la chaleur  
Menaçant la soirée d’un ciel gris de malheur 
Avant que sous l’effet d’un souffle il se délite

Assis à banqueter sous ce froid maléfice
Les festoyeurs riaient de ce treize juillet
Se trouvant en été revêtus de gilets
En attendant le bal et le feu d’artifice

Shaman des soirs passés dandy des grands chemins
Dans la nuit j’ai dansé sans penser à demain

Arrêtons les frais... © Mapomme 


Sonnets. Les termites creusent d’horribles galeries

Les termites des ans pensent me tourmenter
Rongeant forant perçant à travers la charpente
Qui soutient l’édifice aujourd’hui fragmenté
Du récit de ma vie où ces nocifs serpentent

Le toit et les planchers croulent avec fracas
En mêlant mes années par leur travail d’insecte
D’autres se morfondraient n’y voyant que tracas
Dans les gravas je ris lorsque je les inspecte  

Car je peux relier le proche et le lointain
Comblant les oublis causés par les galeries
Je réécris ainsi tous ces instants éteints
Colorant le chagrin de tons de drôlerie

Sur les ruines d’avant dans les feux estivaux
Laissez-moi ébaucher des souvenirs nouveaux
  Les termites creusent © Mapomme
avec le concours de Max



Sonnets. Vestiges des enjouements

Les manèges du parc sont encombrés de ronces
Bouffés par l’oubli et l’herbe folle à loisir
Le flâneur singulier rapidement renonce
À ce lieu à présent visité sans plaisir

Ses appels risibles demeurent sans réponse
Et du joyeux passé il ne peut rien saisir
Sinon quelque image vieillotte et absconse
De manèges figés que les ans font moisir

D’un temps éteint dont il ne reste plus une once
Où s’est enfui le charme qui nous faisait rosir
Les hordes du néant ont surgi sans semonce
Saisissant à jamais l’ancien parc de loisirs

Sur le passé rasé le temps peut pavoiser  
Subsistera le goût de mon premier baiser

 Vestiges des enjouements © Mapomme
avec le concours de Doisneau


vendredi 11 juillet 2014

Sonnets. Le parchemin des vies n’est rien qu’un palimpseste

Lorsque nous aurons bu bien plus que de raison
Que les chants de la nuit nous noieront de silence
Aurons-nous cure encor d’un amour de saison
Qui a jadis vaincu nos piètres vigilances

Nous trinquerons joyeux dessous les frondaisons
Riant du temps présent simulant l’indolence
Sur la terrasse ombrée vrai cœur de la maison   
Nous nierons Dieu la mort d’une feinte insolence

La tendre fleur se fane avant la nouaison
Et les fruits automnaux clament avec violence
Que lointains sont les temps des chaudes fenaisons
Le vent transit l’été sans nulle nonchalance

Aussi nous faut-il boire avant ce vent funeste
Enivrons-nous gaiment et rions-nous du reste   
Le parchemin des vies... © Mapomme
avec le concours de Bruegel l'ancien et de Bernt Nokte


jeudi 10 juillet 2014

Sonnets. À quoi rêvent les chiens dans l’ombre de la cour

Les chiens dorment à l’ombre et lorgnent vers les cieux
D’un pesant bleu de plomb où plane un maléfice
C’est un désert d’azur privé du bon office
Des nuages de pluie et de leur don précieux

Qui aurait supposé qu’endormi silencieux
Un chien rêve d’ondée et prie pour ce délice
Lapé tel le nectar consacré d’un calice 
L’eau est le sang divin paradoxe audacieux  

Une cigale chante en bon sorcier indien
Dans l’immobilité du mi-jour hypnotique
Quand le monde est saisi d’un somme méridien

Le soleil irradie la terre indigotique
Mais les rêves de chien n’ont rien de rimbaldien
On y voit des tropiques sans astre despotique
 A quoi rêvent les chiens... © Mapomme


mercredi 9 juillet 2014

Sonnets. La Terre est toute ronde et l’horizon sans fin

Je suis parti un jour sans rien préméditer
Pour marcher sans halte jusques au bout du monde
D’un pas souple et léger sans voir l’absurdité
D’un tel projet exécuté dans la seconde

Le bout du monde n’est pas le bout de son nez
C’est au bout de tout par-delà les mers profondes
Dit du bout des lèvres vous serez étonnés 
D’être au bout du rouleau face aux mauvaises ondes

À bout de force et de nerfs sans en voir le bout
Les amis j’ai brûlé par les deux bouts la chandelle
J’ai déploré de n’être pas un marabout

Oiseau grégaire se nourrissant d’asphodèles
Ou de buller sur ma branche tel un hibou
Qui à son bout de terre a su rester fidèle
Marabout du monde © Mapomme 

dimanche 6 juillet 2014

Sonnets. Le merle du parc

Le feu du jour mourrait et l’ombre s’allongeait
Dans le parc dépeuplé à la vaste pelouse
Un mâle remâchait un saumâtre rejet
Ô persifleur printemps qui sans arrêt nous blouse

Un implacable chancre en cet instant rongeait
Son cœur enivré par la nouba andalouse
Adieu amour baisers et absurdes projets
Succombant à la faux des déités jalouses

L’air printanier tranche toute idylle naissante
Même si flûte un merle apparemment joyeux
Voulant charmer sa belle insensible et blessante

À l’Angélus drapé d’un bleuté camaïeu
L’Amour tremblote sur la branche sénescente
Alors triste est le merle et son cœur rocailleux 
 Le merle du parc © Mapomme