dimanche 22 juin 2014

Sonnets. Les prophètes (2)

De nouveaux prophètes vénèrent la Nature
Ils la préservent excluant l’Humanité
Sans songer un instant qu’elle peut péricliter
Des milliards d’âmes réclamant la nourriture

Devrons-nous sacrifier pâtures et cultures
Pour dix genévriers sublime vanité
Comme si l’homme ici n’était qu’inanité
Qu’il lui faille en hâte creuser sa sépulture

À qui veut l’entendre d’autres vont serinant  
Que rien ne va si mal madame la Marquise
Qu’on peut se rendormir sur tous les continents

Ils nient tout inquiétant recul de la banquise
Et le climat selon ces esprits éminents
Se situe tout à fait dans les normes requises
 Alarmant ou confiant © Mapomme

jeudi 12 juin 2014

Sonnets. Les prophètes (1)

Je hais tout prophète moderne et rétrograde
Champion de l’anathème et faiseur de combats
Comme si l’ambition qui commande ici-bas
Ne permettait pas d’outrepasser l’algarade

Les pires de ces messies défilent et paradent
Pour nous ôter tout droit au plus petit débat
Mystique ou sociétal Sonnant le branlebas
Les uns excommunient et les autres extradent

Chacun veut imposer sa propre liberté
Celle qui nous contraint et les esprits bâillonne
Au nom d’un grand danger dont il veut disserter

Ces beaux ces grands esprits sur les plateaux rayonnent
D’un soleil noir et froid qui vient nous alerter
En versant la ciguë d’une pensée brouillonne
Oui au Non, Non au Oui ! © Mapomme 


mercredi 11 juin 2014

Sonnets. Le néant quotidien

Les pas dans le sable que la vague nouvelle
Efface comme un avenir et ses espoirs
La présence retourne au néant sans surseoir
Le vorace néant qui chaque vie nivelle

Restera-t-il une algue une trace vénielle
De cette abolition des pas du promenoir
L’esprit du châtelain feu maître du manoir
Rêvant d’une Asie fausse et superficielle

Les dames au balcon dans le bleu de la nuit
La voûte constellée de clignements complices
Susceptibles de briser l’encre de l’ennui

L’aube aux lèvres roses délivre son supplice
La triste vérité surgissant d’aucun puits
La trop tangible aurore à l’atroce calice
Malédiction aurorale © Mapomme
avec la contribution de Gallen Kallela

mardi 10 juin 2014

Sonnets. Bois flotté

Sur la plage après la tempête
Le flâneur matinal a raflé un bois mort
Qu’il lance sans aucun remords
Pour amuser Médor qui dans l’eau fait trempette

Ce bois poli qu’un lambin jette
Autrefois garnissait un frémissant décor
Où voici peu de temps encor
La branche verdoyait avant d’être vergette

Combien de souvenirs passés
Blafardes images des plus fastes périodes
Vont au roc que la vague érode

Le suc des jours s’en va comme fut effacé
Celui du bois gisant cassé
Que l’écume a vomi au terme de l’exode

Cimetière marin © Mapomme  

Sonnets. Je veux une histoire grandiose et colossale

Effacez mon futur pardonnez mon présent
Concevez mon passé araignée tisserande
D’une toile en fil d’or faites-moi donc l’offrande  
Dépeignez un jadis sublime et séduisant

Brossez-moi un Antan d’un pinceau apaisant
Sur la toile enfantée que mes aubes soient grandes
Inouïes et rêvées Tissez-m’en des guirlandes
Surtout n’effacez pas mes aïeux paysans

Car mon passé m’ennuie sans relief et sans bruit
Fait de vains reniements et de nuits abyssales
Tout un empilement puant de mauvais fruits

Gravons le doux mensonge au lieu d’aurores sales
Sur mon tombeau glacé tout de marbre construit
Je veux une histoire grandiose et colossale

Tisseuse de toile de maître © Mapomme 


vendredi 14 mars 2014

Sonnets. Jamais toujours

Les lettres ont gravé dans le marbre éternel
Des serments de papiers à l’encre délavée
Toujours écrivions-nous sur notre arbre internel
Semant d’amour futur les aubes emblavées

Que de passion clamée de serments solennels
De fièvres serties dans ces lettres enclavées  
Ce bel accroche-cœur donne un baiser charnel
Sans se livrer pourtant aux passions dépravées

La cité éternelle a vu ses murs tomber 
Avec l’armée glorieuse en déroute et vaincue    
Les Merveilles du monde ont toutes succombé

Pourquoi les promesses en seraient donc exclues
Toujours est à jamais en son cercueil plombé 
L’ardeur vaut-elle enfin d’être un seul jour vécue
 Le temple dévasté d'Aphrodite © Mapomme

mercredi 12 mars 2014

Sonnets. J’aime le sombre hiver

J’aime le sombre hiver et ses bras décharnés
Lorsque ronfle le poêle dans le coin de ma chambre
Les cieux sont attristés et plus gris que de l’ambre 
Et nous allons sans âme en zombies incarnés

Les neiges et gelées semblent nous gouverner
Aux tréfonds du néant d’un éternel décembre    
Quand la bise nous glace et le cœur et les membres
Quand l’espoir aux enfers se retrouve interné

Oui j’aime cet hiver car survient le printemps 
Renaissance des cœurs au retour de la vie     
Jonquilles et bourgeons et le chant des sylvies

L’hiver fait apprécier la magie de l’instant
Celui de sa débâcle aux rugissants torrents
Quand bouillonne le sang dans nos veines ravies  
 Aux tréfonds du Néant © Mapomme