dimanche 27 novembre 2022

Incantations. Que de lunes de miel !

J’aime manger du miel sur un morceau de pain
Priant pour la survie du peuple mellifère
Qui butine les fleurs sur le plateau alpin
Ouvrières plaisant au monde des affaires

Du seul nectar payées sans même un bulletin.
Mais le cercle aurifère âpre au gain leur préfère
Une part du gâteau des projets incertains
Qui jouent au casino le sort de la biosphère.

Ces pitoyables dieux menacent le nectar
Qu’estiment les mortels aux appétences frustes ;
À la roulette russe ils jouent – maudits fêtards ! -

Sans songer aux effets des actes de flibuste ;
Sans abeilles la vie s’éteindra tôt ou tard
Car sans fleurs pas de fruits poussant sur les arbustes.

C’est pourquoi je savoure un miel d’abeilles noires
Providence de l'homme au fil de son histoire.

Que de lunes de miel ! © Mapomme

samedi 26 novembre 2022

Incantations. Dans l’espace d’un pas

A M.-C. P.

J’ai vu dans la lumière une étoile qui danse :
Ô sublime illusion de la facilité
Lorsque le corps se plie à l’apparente transe
Chaotique et sensée mensonge et vérité !

Corps désarticulé que de jours de souffrance
Pour frôler la grâce qui devra t’habiter !
Depuis toujours j’admire étoile ta constance
Brillant dans l'art premier d’un temps sombre hérité.

En répétant l’effort on arrive au miracle
Quand l’aisance d’un pas abolit la douleur
Et semble naturel tout au long du spectacle.

D’une retouche un peintre embellit la couleur
Et l’écrivain reprend tout ce qui fait obstacle
À donner au roman un charme ensorceleur.

Sur scène aucune erreur pas un seul repentir :
Tout coule de source si rien ne vient mentir.

Dans l'espace d'un pas © Mapomme

vendredi 25 novembre 2022

Incantations. Le centre de la Terre

On voit en tous pays l’autochtone assurant
Que du sien on envie la beauté hypnotique ;
Dans le monde on se croit sans un seul concurrent
Sur une île entourée d’une mer amniotique.

Qui donc voudrait quitter un éden odorant
D'inouïs points de vue demeurés authentiques
Aux granitiques monts parsemés de torrents
Aux temples antiques aux couchers romantiques ?

Je découvre parfois de très proches splendeurs
Et des gens s’échinant au métier qu’ils adorent
Dont j’ignorais vraiment la puissante grandeur.

D’endogènes parfums à base d’hellébore
Des produits du maquis aux sublimes odeurs
Sont fruits de la passion qu’un artiste élabore.

Pour guérir ce travers je me répète ainsi :
" En tous lieux les esprits sont de même obscurcis ! "

Chaque endroit du globe est le centre de la Terre © Mapomme

mercredi 23 novembre 2022

Incantations. Tout ira à vau-l’eau !

Cet éternel vaisseau - végétale chimère ! -
Nous observe attaquant des moulins sans raison ;

Étrange agitation propre aux êtres primaires
Se voulant éternels et dont l’inclinaison
Est d’asservir le monde en bourreaux victimaires
Voulant faire du blé hors de la fenaison.

J’ai beau humer sans fin la fleur de l’immortelle
Je reste un passager du vaisseau végétal :
Voilà dans mon esprit l’idée qui me martèle.

Que reste-t-il enfin de cet art pariétal
Et des trésors enfouis de notre parentèle ?
Tout est hélas rongé comme l’est le métal.

Car cette énergie vaine engloutie sans compter
S'en ira à vau-l'eau avec mes mots contés.

Tout ira à vau-l'eau © Mapomme

Incantations. J’ai mis trois fers au feu !

Il a trois fers au feu sans crédible raison
Forgeant tantôt sur l’un et puis il l’abandonne
Pour en reprendre un autre errant dans la maison :
Que de mots qu’en pensée il martèle et chantonne !

Les idées se heurtent dessous sa frondaison
Blanchie sous le harnais ; que ses proches pardonnent
Ce spectre qui la nuit quand nous nous apaisons
Hantera le couloir : il cherche et il tâtonne.

Quand une idée lui vient, il lui faut la noter
Sinon elle est fichue et au néant promise ;
Sur le clavier il doit illico pianoter.

Faut-il avoir dormi et être sous l’emprise
D’un onirique état pour voir l’esprit doté
D’un flot fuyant le jour que le bruit électrise ?

Tous les mots qu’à présent si lentement je forge
Se perdront comme ceux s'échappant de ma gorge.

J'ai mis trois fers au feu © Mapomme
D'après François Perrier

Élégies. Shaman de la savane

Les déserts pourraient-ils d’arbres hauts se couvrir
Tel un feu sous la neige qu’un prodige rallume ?
Les bois rasés on voit la Terre s’appauvrir
Au profit du ciment du bétail des légumes.

Ensuite tout humain s’étonne de souffrir
Réfutant les erreurs que jamais il n’assume ;
Depuis l’aube des temps il prend sans rien offrir
Étant contraint de fuir l’incendie qu’il allume.

En Afrique à pas lents repoussent des forêts ;
Les arbres invoquant les nues chargées de pluie
Le désert se replie d’après ce qu’il paraît

Après les défaites que sans cesse il essuie.
Les hommes en ces lieux ne voient plus l’intérêt
D’aller dans des pays où leur présence ennuie.

Il est bon de penser que reverdit l’Afrique
Quand ailleurs on ne sait ce que l'homme fabrique.

Le désert se replie © Mapomme

mardi 22 novembre 2022

Incantations. Dans une obscure paix

Jeune j’aimais aller voir la mer sur le sable
À l’infini feulant son calme clapotis ;
Les ans ayant filé ces étés périssables
Ont fui mon pauvre esprit qui les gardait blottis.

La plage j’ai foulé : les feux impitoyables
D’un soleil embrasant les lieux où tout petit
Je croyais ce plaisir vraiment inoubliable ;
De ces loisirs le temps chasse-t-il l’appétit ?

Car les feux héliaques autrefois si paisibles
Intensément dardaient ma peau de traits ardents ;
J’y percevais dès lors la portée prévisible

D’un changement majeur et hélas concordant
Les romans jadis lus et qu’on disait risibles
Sur un futur voyant des soleils trop mordants.

Dans ma maison ancienne au sein de murs épais
Je vis tous les étés dans une obscure paix.

Dans ma maison ancienne au sein de murs épais © Mapomme