mardi 31 mai 2022

Amères Chroniques. Ta cloche, Liberté, est muette et fêlée !

Liberty Bell

Jeune j’ai vu passer trois cercueils en peu d’ans
Quand l’Europe ravie dansait sur sa musique
Et lorsqu’aux USA un long combat ardent
Enflammait des états pris de haine basique.

J’ai vu marcher les noirs dans un rêve tragique
Et tous les latinos affamés et perdants
Quand des riches nouveaux affichaient illogiques
À tous les exploités leur succès discordant.

Les deux blocs s’affrontaient sur des terres lointaines
Et la jungle flambait sous nos yeux effarés ;
La jeune paix semblait fragile et incertaine

Car la guerre est toujours facile à déclarer.
Espérant la richesse que tu perçois certaine
La pauvreté t’effraie rêveur impréparé

Si le riche indécent exhibe aux démunis
L'illusoire succès des états désunis.

Ta cloche, Liberté, est muette et fêlée ! © Mapomme

lundi 30 mai 2022

Amères Chroniques. Amis, gare aux gourous !

Amis gare aux gourous dont l’avis nous égare
Aveuglant sans égards à grand cor et à cri
Tout esprit cartésien qu’on pousse à la bagarre ;
De ces aigris on lit maigrement les écrits.

Devons-nous croire ainsi tous ceux que l’on déclare
Spécialistes télé qu’on achète à vil prix
Prédicateurs du pire avec la mine hilare
Aux prédictions trempées d’un profond parti-pris ?

Serions-nous démunis de toute intelligence
Privés de la raison et de tout jugement
Pour croire aux charlatans et leur faire allégeance ?

De tous ces consultants qu’on voit si largement
Venant sur plateaux montrer leurs divergences
Je postule qu'on fasse un profond purgement.

Amis, gare aux gourous ! © Mapomme

dimanche 29 mai 2022

Élégies. Le chemin forestier a perdu de son charme

Elle rêvait d’ailleurs de lointains exotiques
Aux dansants sassafras ; Rio ou Sumatra
Peu importe l’endroit !  Son désir névrotique
Était de fuir la ville et son vaste fatras.

Forêt tu le sais bien : mes voyages mythiques
Trop proches empruntaient ton long sentier étroit.
Je songeais simplement aux rives de l’Attique
À Karnak et à Troie : au pire un seul des trois.

J’avais le rêve court empreint de réticences
Et elle par-delà l’océan explorait 
La boîte grande ouverte aux maux de déhiscence.

Elle a joint cet ailleurs que ses yeux dévoraient
Et cette maison vide est emplie de l’absence
Tandis que sans attrait est la triste forêt.

Le chemin forestier a perdu de son charme © Mapomme
avec l'aide de John Waterhouse

samedi 28 mai 2022

Élégies. Quand nous parlons d’arbres notre âme se révèle

Cette nuit dans le parc est mort l’arbre ancestral
Qui a vu par trois fois les méfaits d’une guerre
Appréciant de la paix le calme magistral
Lorsqu’au son du canon on ne pense plus guère.

Les seuls dangers depuis étaient foudre et mistral
Sinon rien que l’azur ou les saisons précaires
Et les nuits scintillant d’un flamboiement astral
Qui bleuissaient les rocs de schiste et de calcaire.

Souvent je lui confiais mes convictions intimes
Caressant tendrement son tronc sculpté tordu
Par les intempéries dont il était victime.

Est-ce un nouveau conflit gageant des temps ardus ?
Toujours est-il qu’hier fut sa journée ultime
Et que sans confident je vais triste et perdu.

Quand nous parlons d'arbres notre âme se révèle © Mapomme

vendredi 27 mai 2022

Amères Chroniques. Bien trop loin du pommier errant à l’est d’Éden

C’est un oiseau sifflant dans le calme jardin
Dont nul n’a déchiffré le message hermétique
Et dont le chant viendrait des hauts plateaux andins
Mélancolie versant son hymne pathétique.

Depuis les monts rougeoie un éclat ponantin ;
Notre monde s’éteint dans sa quête hérétique
Tel que s’est effondré l’empire byzantin ;
Tout droit vers le ravin nous courons frénétiques.

Sur son arbre l’oiseau l’a déjà pressenti :
Il sait qu’il périra d’ici l’année prochaine
Ou bien celle d’après malgré les démentis.

On parvient à briser les plus féroces chaînes
Mais si de ses erreurs nul ne s’est repenti
Comment récrire tout dans les ultimes scènes ?

Triste est le rossignol dans le jour qui s’éteint
Car de l'acte il connaît le final prophétique.

Bien trop loin du pommier errant à l'est d'Eden © Mapomme
d'après Fernand Cormon

jeudi 26 mai 2022

Amères Chroniques. Apocalypse guns

À la nounou chez moi j’ai refilé un flingue
Afin que mes minots soient en sécurité ;
Il y a dans l’état des tripotées de dingues
Qui butent sans remords pour des futilités.

J’ai des fusils d’assaut puisque tout se déglingue
Et je ne vois pas mieux afin de m’abriter
Que le pasteur classe comme déshérités.

Vendez tout armement ce qui mieux nous protège
De qui l’acquiert ainsi et nous met en danger
Et peu importe donc les funèbres cortège !

N’écoutons pas les fous qui veulent tout changer :
Si par malheur un jour notre nounou abrège
La vie de nos enfants je saurais les venger.

Apocalypse guns © Mapomme

mercredi 25 mai 2022

Élégies. Pour que règne la nuit qu’avons-nous donc commis ?

Jean-Michel Mohamed qu’êtes-vous devenus ?
Sans méandres les ans ont-ils coulé limpides
Vers le but imprévu d’un rivage inconnu
Ou des cités peuplées d’une horde cupide ?

André Gary Didier c’est un fil très ténu
Que celui du destin dont l’action est rapide
Séparant les chemins des enfants ingénus
Qui gardent ces fragments tels des trésors stupides.

Où trouver l’avenir qu’on nous avait promis
Ce chemin éclatant sous un flambeau solaire ?
Pour que règne la nuit qu’avons-nous donc commis
Suscitant sur la Terre affliction et colère ?

L’an 2000 est venu ; or de tous mes amis
J'ignore et les bonheurs et les âpres galères.

Pour que règne la nuit qu'avons-nous donc commis © Mapomme