samedi 6 août 2022

Mythologies revisitées. Sisyphe à tout jamais doit vivre un jour sans fin

Les auteurs de jadis se sont tous fourvoyés
En évoquant Sisyphe et son rocher mythique
Qui à moquer les dieux s’était trop employé
Et dût pousser sans cesse un roc monolithique.

Faire la même tâche et toujours essuyer
L’affront d’œuvrer pour rien est le sort pathétique
D’ouvriers d’employés qui doivent s’ennuyer
Pour enrichir un être aux desseins hermétiques.

Sisyphe était en fait un humain dédaigneux
Qui dut le même jour infiniment revivre
S’intéressant aux gens simples et besogneux
Connaissant leurs espoirs à force de les suivre.

Puis quand il eut quitté son habit de teigneux
Sa vie reprit son cours car l'empathie délivre.

Sisyphe : un jour sans fin © Mapomme
D'après Harold Ramis

Mythologies revisitées. Sous terre recherchez votre or, nouveaux Midas !

De la folie de l’or jusqu’au vil or des fous
Ce feu solaire exerce à travers tous les âges
Un attrait sans pareil et l’homme a rendez-vous
Avec un sort fatal que sa passion présage.

Influant le destin d’absolus risque-tout
Le vil métal des dieux changera leur visage ;
S’éclaire leur regard du feu de cet atout
Quand sur un fin Pactole ils font des tamisages.

Si un nouveau Midas change un caillou en or
La pépite paiera les frais de mois de quête ;
L’espoir d’un beau filon lui fait perdre le Nord
Espérant accéder à des sommes coquettes.

Harassé par des mois de longs et vains efforts
Obsédé délirant c'est la mort qui le guette.
Nouveaux Midas dans la Sierra Madre © Mapomme
D'après John Huston

vendredi 5 août 2022

Mythologies revisitées. Jeunesse impétueuse aux idéaux de cire

Quand Thésée eut tué le Minotaure au sein
Du labyrinthe fait pour qu’un intrus s’égare
Furibond fut Minos qu’enfui soit l’assassin
Et il y enferma Dédale avec Icare.

Sachant qu’il ne saurait de tous ces murs enceint
Retrouver son chemin Dédale se prépare
Et sitôt imagine un audacieux dessein
Pour s’enfuir par les airs puis de cire s’empare.

Des ailes modelant au harnais ingénieux
Il met en garde Icare au sang bouillant d’audace ;
À son âge on est vif et bien trop audacieux
Et les conseils reçus assez vite s’effacent.

L’ailes de cire fond près du soleil furieux ;
Il choit et se noie au fond où est sa place.

Le grand saut © Mapomme
D'après Joel et Ethan Cohen

Vers en Technicolor. Erre en nous un monstre ignorant le sommeil

Dans les sombres recoins d’un trop vaste cerveau,
Aux tréfonds de notre âme, erre dans le dédale,
Meuglant et bien caché, un très puissant taureau
Dont l’appétit de chairs est objet de scandale.

On ne perçoit souvent qu’un confus écheveau
D’effrayantes pensées et d’images mentales,
Qui peignent des désirs nous semblant immoraux,
Dont le flot bouillonnant jamais n’est mer étale.

De ta toile, Ariane, défait le fil tissé
Et de ce labyrinthe aide-moi à m’extraire,
De ce lieu où je dois à l’instant m’immiscer,
De ce dédale obscur traçant l’itinéraire.

Or, si tout nous oppose, au fin fond de la nuit,
Étrangement, vois-tu, le danger nous attire ;
Notre vie n’est que lutte et soupçon pour autrui :
Doit-on se fier à l’autre ou bien se l’interdire ?

La ville est un dédale, obscur, sale et poisseux,
Et l’argent est ce monstre empoissonnant les âmes ;
À son arc, Cupidon se montrant paresseux,
Par nous-mêmes il faut décrocher le sésame.

Le grand sommeil © Mapomme
D'après Howard Hawks

mercredi 3 août 2022

Mythologies revisitées. Edward, ton supplice vaut celui de Tantale

On a beaucoup glosé sur le sort de Tantale
Sans songer qu’il existe un pire châtiment
Que d’être toujours fui par les denrées vitales
Demeurant à jamais sans le moindre aliment.

J’étais un cas étrange et la foule brutale
Sur moi faisait valoir un vain ressentiment
Par des actions pouvant se révéler fatales :
Par le nombre le crime se légitimant.

Je surpassai Tantale : une vestale blonde
S’intéressa à moi l’étrange mutilé
Objet de suspicion et d’aversion profonde
Ayant pour toutes mains des couteaux effilés.

Elle m’aimait pourtant bien que je sois immonde
Et c’est bien par amour que j’ai dû m’exiler.

Je surpassai Tantale © Mapomme
D'après Tim Burton

mardi 2 août 2022

Élégies. Les doutes rongeront tout espoir tels des vers

J’envie la foi aveugle en quelque ordre divin
Qui pousse sainte ou saint au sein du sacrifice
Sans frémir franchissant les plus affreux ravins
Sur d’invisibles ponts hors de tout maléfice !

Au plus profond des nuits mon cœur prierait en vain
Car il ne se voit pas sifflant avec délice
Une amère cigüe tel un céleste vin
Jusqu’à la lie cherchant à boire le calice ?

Lorsque la lance entra dans les chairs de Jésus
Il fallait une foi soulevant les montagnes
Le plus profond mystère que nul exégèse eût :
Par la mort accéder au pays de Cocagne.

Quand sa mère sur ses plaies le linceul a cousu
Eut-elle cette foi qui soulage et qui soigne ?

Lorsque la lance entra... © Mapomme
D'après Henry Koster

Vers en Technicolor. Des dieux et rois anciens les noms sont effacés

Enfants bouffeurs de vie et sabliers funèbres
Faut-il vous dévorer tel Kronos le titan
Pour chasser à jamais l’empire des ténèbres
Qu’annoncent ces hérauts d’un mal irrémittent ?

Un vieux dieu, agitant souvenirs et menaces,
Espérait revenir du néant absolu,
Restaurant son éclat que les années effacent,
Quand bien même le temps d’un règne est révolu.

Car les dieux ont un temps et, quand s’éteint la flamme,
Leur temple est consacré à un culte nouveau ;
On ne peut restaurer par le flingue et la lame
Les lieux saints délaissant de feus rites dévots.

Que souffle l’ouragan et que tombe la pluie !
Que le vent fasse aussi battre tous les volets,
Lorsque, dans la maison, qui la tempête essuie,
La tremblante assemblée dans le noir s’affolait.

Égaré dans les brumes, le dieu déchu en larmes
Voyait se dissiper ses ultimes espoirs ;
Tombent dieux et mortels, périssant par les armes
Car personne à la Mort n’a jamais pu surseoir.

Key Largo © Mapomme
D'après John Huston