mercredi 6 avril 2022

Amères Chroniques. Printemps, quand viendras-tu ?

La ténébrosité bruissante de fureur
Dans le vol onirique — oh ! la fugace trêve
Quand se terre en les bois quelque oiseau murmureur.

Dans les champs printaniers des fleurs attrape-rêves
Se parent d’éclats d’or — soleils avant-coureurs
Sur les brins d’émeraude où nos espoirs s’élèvent
Illuminant enfin un morne avril pleureur.

À quoi riment nos vies rythmées de longues crises ?
L’hiver n’en finit pas et nous désespérons
De voir le temps filer sans aucune maîtrise.

Car nous riches d’espoirs lassés nous obérons
De radieux horizons accablés d’aubes grises ;
Pourtant sur l’étang plane insouciant un héron.

Printemps quand viendras-tu pour qu’enfin s’électrisent
L'azur comme nos yeux sans canons ni clairon ?

Printemps, quand viendras-tu ? © Mapomme

mardi 5 avril 2022

Amères Chroniques. Les phalanges barbares

On condamne un tyran qui use de violence
Pour s’emparer du bien possédé par autrui.
Le pays justifie l’acte avec insolence
Se fichant de laisser bourgs et cités détruits.

En d’autres temps bien sûr dans le plus grand silence
On prit des colonies leurs plus merveilleux fruits ;
Ça prouve simplement qu’une ample vigilance
S’impose à la razzia par force ou à bas bruit.

Des mouvements violents menés par les extrêmes
De Trente-Quatre à ce jour rêvent de renverser
Les élus désignés par un vote suprême.

Les peuples trop souvent préfèrent se bercer
Du rêve de pouvoir se gouverner eux-mêmes :
Un pouvoir dilué se peut-il exercer ?

D’autant que peuple ingrat nous aurions un problème :
Remplir de notre État le grand tonneau percé.

Les phalanges barbares © Mapomme

lundi 4 avril 2022

Amères Chroniques. D'où viennent ces ténèbres ?

On croit trouver pour tout quelque voie rationnelle
Expliquant le chemin menant au vil excès :
Cette quête est pour nous quasi obsessionnelle
Qui tiendrait à crever à tout jamais l’abcès.

Comment peut-on quitter la flamme originelle
Pour la noirceur profonde et l’oubli des versets
En se livrant soudain aux furies criminelles
Pour tuer un semblable sans forme de procès ?

On oublie trop souvent que tout agneau en horde
Deviendra sans faillir aussi cruel qu’un loup
Qui par force vivait un rêve de concorde.

Le nombre est malfaisant et le troupeau jaloux
Diluant ses péchés et sa miséricorde
Notion dont le contour dans l'ombre devient flou.
D'où viennent ces ténèbres ?  © Mapomme

dimanche 3 avril 2022

Amères Chroniques. Charles, puis-je encor être ivre de poésie ?

Muse comment tremper ma plume dans du sang
Et pouvoir m’enivrer de vaine poésie
Quand je subis la vue du spectacle indécent
De civils abattus dont mon âme est saisie ?

Comment trouver un sens aux spectacles récents
De charniers découverts véritable hérésie
Quand on croyait éteint un enfer renaissant ?
Quand des hordes sans frein tuent avec frénésie ?

Il faut donc se pincer pour croire à ce qu’on voit
Car un pays des arts pille viole assassine
Quand la meute jaillit des enfers par convois.

Pourrait-on de ce mal extirper les racines
Les ôter de la Terre et brûler leurs pavois ?
Renaîtra-t-il des fous que ces horreurs fascinent ?

Charles, puis-je encor être ivre de poésie ?  © Mapomme
d' après une huile de Gustave Doré

Amères Chroniques. Tandis que les champs brûlent

Au bord du précipice un chat tutoie le vide
Certain de son adresse au mépris des dangers ;
Sa face fait songer à ces sphinx impavides
Bordant l’immense allée où on les a rangés.

Devant lui la souris s’écrie : « Au raticide ! »
Et sans un prompt secours sent qu’on va la manger ;
À l’orée du trépas — il faut être lucide
Peu lui chaut que plus tard on vienne la venger.

Dans la grange le chat fait tomber une lampe
Et le feu enflamme les planches et le foin ;
Comme brûlent les champs notre matou décampe
Et s’enfuit mécontent au plus vite au plus loin.

Mais un capibara rongeur d’une autre trempe
S’en vient croquer le chat et des souris prend soin.

Lorsqu’un danger nous met un flingue sur la tempe
Il nous faut du secours et non pas des témoins.

Tandis que les champs brûlent © Mapomme

samedi 2 avril 2022

Amères Chroniques. Hantise des dodus

Dès qu’une crise pointe et qu’on sort du traintrain
Les supers sont soudain envahis de zombies ;
Craignant de se trouver demain dans le pétrin
Les rayons sont vidés par la meute ébaubie.

On se voit dans le mois à une diète astreint
Se ruant sur le lait l’huile et autres lubies ;
À des rationnements s’imaginant contraint
L’Occident a du manque une sainte phobie.

Alors le vernis craque et revient l’animal
Prêt à se déchirer pour du papier toilette
Et sans raison versant un long flot lacrymal.

La chambre des amis bourrée de ces emplettes
Devient un entrepôt dans un effroi primal
Des pénuries hantant nos sociétés replètes.

Hantise des dodus © Mapomme

vendredi 1 avril 2022

Amères Chroniques. À la foire du Trône

Tous les bonimenteurs à la Foire du Trône
Vous promettent la lune et de beaux avenirs
Des baumes guérit-tout des remèdes qu’ils prônent
Où on rase gratis dont il faut s’abstenir.

Tous ces beaux lendemains dont rutilent les chromes
Sont des crédits cachés qui viendront pour punir
Des enfants qui paieront des dogmes sans arôme
Sur Terre revenant sans jamais alunir.

Il est fort consternant de voir dans la relève
Parmi les prétendants à une succession
Figurer d’un tyran les trois meilleurs élèves.

À la foire on oublie dans la vaine obsession
D’encor plus dépenser que notre monde en crève
Et que l'aveuglement finit en récession.
A la foire du Trône © Mapomme