jeudi 29 octobre 2015

Rimes de saison. Soliloque vespéral

Les feuilles s’épandent tels des espoirs déçus
Dans les rousses forêts des feux crépusculaires
Quand un souffle glacé venu à notre insu
Produit ces semailles d’or si spectaculaires

Dans la chambre aux murs bleus ternis tristes et nus
Elle lève ses bras de façon singulière
Bredouillant la langue d’un pays inconnu
 Dans son lit pour toujours demeurant prisonnière

Elle hoche la tête avec l’air résolu
D’un savoir ancestral seule dépositaire
Revivant des moments à jamais révolus
Mais son discours sans fin reste un profond mystère

Dans le couloir passent des visiteurs intrus
Étrangers dépourvus de grâce coutumière
Qui la dévisagent en abjects malotrus
Tandis que l’ignore l’attendue infirmière

Parmi ces étrangers un homme est revenu
Qui se prétend son fils avec la mensongère
Audace des fourbes et ses discours tenus
L’agacent sans cesse car cet homme exagère

Elle l’ignore alors sans offrir un refus
Parlant à l’Invisible ami qu’elle vénère
Elle soliloque dans son jargon confus
Comme le font souvent bien des nonagénaires

Jamais le marinier ne reprend le dessus
Dans l’écume et la brume où vogue la galère
Les feuilles s’épandent tels des espoirs déçus
Dans les rousses forêts des feux crépusculaires
Soliloque © Mapomme et Anne Onyme



vendredi 16 octobre 2015

Rimes de saison. La fièvre du printemps

Boutons ne soyez point pressés
Que s’en vienne l’été aux soirées exaltantes
Quand le chaud sirocco viendra vous caresser
Près des nappes virevoltantes

Vous serez le serment tenu
Celui de la beauté dont l’ardente jeunesse
Nous laissait entrevoir hormis l’air ingénu
 Un apogée tout en finesse

Certes vous serez tous éclos
Et lâcherez alors de subtiles fragrances
Mais rien n’a survécu du vaste Camelot
Rien des bals ni des révérences

Pas un seul bout de mur restant
Sinon le souvenir errant dans nos mémoires
Le défunt souvenir persistant d’un instant
L’éternité du transitoire

N’ayez pas d’inutile émoi
À quoi sert de trembler quand se fane un pétale
Que laissera le temps de vous comme de moi
Il a enfoui des capitales

Goûtez tout instant des saisons
Qui passeront hélas à mon avis trop vite
Et mèneront enfin aux tristes oraisons
Ce terme jamais ne s’évite

Votre splendeur mène à nos morts
Et tout moment divin est un héraut funeste
Par la fatale plaie sans joie et sans remords
 S’écoule la vie qui nous reste

Boutons ne soyez point pressés
 Après l'impatience © Mapomme d'après Thomas Quine


samedi 19 septembre 2015

Rimes de saison. Le palais d’été est clos

Malgré le faste des décors
Le palais n’a plus de couleurs
Car les cœurs sont dans la douleur
Le Roi se meurt le Roi est mort

Sonnez buccins trompes et cors
Les courtisans désemparés
En silence ont longtemps pleuré
 S’en allant libres de tout mors

Le musicien loupe un accord
L’âme tremble comme un oiseau
Le vent glacé ploie les roseaux
Le pays ressent le trémor

Car le tocsin résonne encor
Et le ciel est plus noir que gris
Une heure historique s’écrit
Les jours nous versent leur remords

Le fils paraît hors du palais
Froid successeur au regard noir
Fils des langueurs venant au soir
Tout entouré de ses valets

Nous délaissant à notre sort
Le Roi mourait le Roi est mort


Palais en deuil © Mapomme et Anne Onyme


dimanche 13 septembre 2015

Rimes de saison. Orage septembrien

Entends Tonne l’orage et résonne sa rage
À l’aurore frileuse à la brusque fureur
Nous voici réveillés quand vibrent les vitrages
Et frissonnent nos corps tel un tremble pleureur

L’été livre un combat qui est perdu d’avance
Le roi soleil se meurt Les beaux jours sont défunts
Dans cette onde glacée il cherche sa jouvence
 Ce sursaut sera vain Tout règne a une fin

Tirons sur nous les draps lorsque gronde l’orage
Sous le coton d’Égypte en oiseaux frémissants
Attendons qu’il passe dépourvus de courage
Vers l’horizon marin ra s’évanouissant

Sur le toit on perçoit l’averse qui gargouille
Et nos corps grelottent en ces tout derniers jours
D’été où le vieux roi sur son trône bredouille
S’apprêtant à rejoindre un ténébreux séjour

Nergal le souterrain l’ardent dieu sumérien
Maître de tout trépas et des épidémies
Accueillera bientôt le roi qui s’anémie
Même si meurt l’orage en l’été septembrien
Le roi soleil se meurt © Mapomme

samedi 12 septembre 2015

Rimes de saison. La vigne nue

La vigne est sans grappes Donc ternit son feuillage
On voit les ceps noueux tels des vieux desséchés
À la toison blanchie pour leur dernier voyage
Sans éclat sans appas sans espoir de péché

Le soleil a perdu le feu de sa jeunesse
Vers le couchant son char se sent comme attiré
Par le néant charmeur des fatales faunesses
 La vendange est finie Le vin n’est pas tiré

L’automne est messager des humeurs nostalgiques
Quand nos pensées s’encrent d’un funèbre horizon
L’ombre envahit l’esprit chassant toute logique
Et tous les cœurs s’effraient sans aucune raison

La somme de détails nous chuchote à l’oreille
Vois donc le temps qu’il fait et les cieux ténébreux
Et la vie sans un port d'où l’espoir appareille
La cale toute emplie de songes valeureux

Le détail d’une vigne immense et toute nue
Alignant dans le champ les bataillons en rangs
Des soldats décatis d’une armée inconnue
Revenant dépouillés de rêves conquérants

La vigne est sans grappes Des nuées d’étourneaux
S’envolent vers le sud du Mezzogiorno

Vigne nue © d'après Anne Onyme 

dimanche 6 septembre 2015

Rimes de saison. Unjir

Le vent leur tord les bras sur les pentes rocheuses
Suppliciés décharnés par la force des ans
Subissant sans broncher l’aridité fâcheuse
Et le froid des hivers aux cieux terrorisants

Ils cherchent dans le sol leur maigre nourriture
Se contentant de peu sans jamais s’épancher
Toujours vers les nues qu’un bel été azure
 Ils remercient les dieux d’avoir pu s’étancher

J’ai cueilli sur leurs bras tel un marcheur antique
Des fruits blancs et mûrs dont je me suis repu
Cadeau trouvé au gré de mes pas erratiques
Que nul enclos privé n’avait interrompus

Nous fûmes bien heureux en des temps de disette   
De voir venir du Levant sans les dénigrer
Des voyageurs d’antan portant dans leur musette
Oliviers et figuiers tout aussi immigrés


 Unjir © Anne Onyme

mardi 25 août 2015

Pastels. Les anniversaires

Elle se souvient de tout Des petits détails
Comme des points importants que les autres oublient
Des baisers concédés dans l’ombre d’un portail
Des mots doux susurrés des serments qui la lient

Des anniversaires des neveux des cousins
Que nos esprits oisifs nullement ne retiennent
Les laissant s’en aller vers le Léthé voisin
 Bien trop affairés aux tâches quotidiennes

Nous allons sans savoir tel un pesant bétail
Dans des prés oublieux et sous des cieux qui changent
Zombies décérébrés troupeaux d’épouvantails
Trouvant que la mémoire est chose qui dérange

Elle se souvient des baptêmes des unions
Et des jours attristants marquant les funérailles
La rafale des ans voyant nos compagnons
Déchirés et glacés tomber sous la mitraille

Et elle se souvient des jours comme des nuits
De la clarté des joies aux brumes de l’ennui