mardi 8 octobre 2013

Sonnets. Le tyran

Le pire des tyrans tuant et torturant
Jamais ne peut vaincre la volonté d’un sage
Même en le menaçant d’un savant dépeçage
Réitérant sans cesse un discours récurrent 

L’autocrate sanglant viendra des mois durant
Pour soumettre l’esprit par son puissant dressage
L’ironie du sage répond à son message
Car pour lui les tourments seront transfigurants 

Il existe pourtant un plus grand dictateur
Qui subjugue les cœurs les domine et les brise
Le despote absolu l’ultime prédateur

Il corrompt nos esprits soumis à son emprise
Plantant le drapeau noir du démon tentateur
Car perfide est l’amour qui toujours nous maîtrise
Tyran © Mapomme
(d'après Franck Frazzetta)

lundi 7 octobre 2013

Sonnets. L'antre sacré

C’est l’esprit du fauve tracé sur le rocher
Dans son œil scintille la voûte constellée
Qui rythme les saisons et qui vient décocher
Les éclairs lacérant la chair bleue flagellée 

L’homme-lion se dresse et semble s’approcher
De la plaine stellaire aux frontières scellées
Le contour du gibier à la cendre ébauché
Promet la profusion par l’énigme révélée

Le bison fertile les naseaux dans les seins
Pénètre dans l’antre de la Suprême Mère
Et les fruits jailliront comme un immense essaim

Les troupeaux s’accroîtront durant les nuits amères
La caverne sacrée couverte de dessins
Réunit Terre et Ciel en un couple éphémère
Antre sacré © Mapomme 

samedi 5 octobre 2013

Sonnets. Naufrage

Et le monde s’éveille avec un goût amer
Tandis que dans l’onde sombrent des corps sans vie
Dans l’ombre un dernier cri et une ultime envie
Quitter la barbarie en traversant la mer

On s’émeut de la mort d’un penseur mis aux fers
Mais on ne veut pas voir depuis des décennies
Tous ces peuples fuyant l’étau des tyrannies
Traversant le désert et laissant leur enfer

Sur la coque de noix vogue une grappe humaine
Au caprice des flots et à l’avidité 
Soumise et ballottée durant une semaine

La loi des faux édens aide à la cécité 
Et seul le nombre effraie plus que le phénomène
Trois jours le cœur en berne hélas sans méditer
Naufrage © Mapomme




Sonnets. Les destins évanouis

J’étais le dernier avec six deniers
Nul à renier et personne à vendre
Tout comme un Judas pour aller me pendre
Me pendre à ton cou au fond d’un grenier

Te prendre un baiser comme un braconnier
Plus rien à donner plus rien à attendre
Le ciel peut tonner et l’éclair descendre
Réduire en cendres notre marronnier

Avec le nocher le noir nautonier
Tu t’es promenée jusqu’à l’autre rive 
Où les arrivants restent prisonniers

Chaque excommunié de salut se prive
Plus une prière et plus d’aumôniers
Sur l’onde glacée l’égaré dérive
 L'autre rive © Mapomme

jeudi 3 octobre 2013

Sonnets. Janus

Sonneur monte au beffroi et carillonne encor
Que la cité sache ma joie dondon dondaine
Mais aussi mon effroi d’une perte soudaine
Qui naît dès que mon cœur bat pour un corps accort

Puisque la fleur éclose est promise à la mort
Même si l’émoi né ne cherche point fredaine
Pourquoi se leurrer de viles calembredaines
L’amour qui nous a mus cesse comme un trémor

La joie nous fait peine car rien n’est éternel
Et la rose éclose bientôt sera fanée
La passion consume tout pauvre amour charnel

La braise sera cendre et la fleur condamnée
J’apprécie le présent mais gémis solennel
Voyant dans l’avenir nos amours surannées
 Janus © Mapomme

mercredi 2 octobre 2013

Sonnets. La damoiselle de la forêt

Jugeant sans intérêts ce chemin de campagne,
Je l’emprunte sans hésiter !
Voilà une affaire sans tortuosité :
À ce taux, on sort le champagne

Et on peut acheter, sans même visiter !
J’ai sitôt soldé mon épargne ;
On ne s’épargne rien à compter avec hargne,
Sou après sou, sans hésiter.

Le chemin m’amenant en une forêt noire
Où tu flânais en rêvassant
Offrait un intérêt, si j’en crois ma mémoire,

À un taux bas intéressant,
Et j'allais le payer en signant le grimoire,
Au taux de cent pour cent !

 La damoiselle de la forêt © Mapomme

mardi 1 octobre 2013

Sonnets. L’Éphernité

Les livres nous offrent la divine illusion
De l’éphémère éternité
Pouvoir franchir un siècle est chose rarissime

Combien de papyrus combien de parchemins
Et combien de grandes pensées
N’ont connu aucun lendemain
Nos esprits sont nourris de l’idée insensée

Voulant que les phrases sortant du lot commun
Soient à tout jamais encensées
L’inscription des marbres romains
Par les pillards du temps a été dispersée 

Le temps manie la dérision
S’il nous fait la faveur de nous voir édités
Perfide il gomme nos maximes 
 Éphernité © Mapomme