dimanche 3 juillet 2011

Harem




Tes seins sont naissants
Tes hanches s'ébauchent
Tu n'es qu'une enfant
Maladroite et gauche

Tu n'as que onze ans
Et déjà des mains
Vont en caressant
Ton ventre et tes seins

Jeune fruit cueilli
Trop tôt sur son arbre
Au harem mûri
Dans le froid du marbre

En rêvant souvent
D’un autre désir
D'un tourment savant
L’acmé du plaisir

Tu n’as pas connu
La simple innocence
Ton corps trop tôt nu
Fut privé d'enfance



Au harem © Mapomme


samedi 2 juillet 2011

La nique à la mort




Au fond de sa sombre caverne
Le jeune et trop beau berger dort
Défiant le temps qui nous gouverne
Et faisant la nique à la mort

La lune caresse son corps
Teintant d'argent ses boucles brunes
L'embrassant toujours et encor
En maudissant son infortune

Comme une œuvre il est conservé
Statue de chair où bat un cœur
Il n'a rien su ni observé
Sinon l'inutile splendeur

La non-vie est le prix payé
Par ceux qui préfèrent paraître
Privés de printemps dans l'herbier
Alors qu'il importait plus d'être

Le temps moqueur sur son rocher
Peut bien se friser les moustaches
Racontant au sombre nocher
Le dit de l'idiot qui se cache

Jamais sur le fleuve fatal
Il n'acquittera son passage
Dans un sommeil immémorial
Il coule des nuits bien trop sages




Endymion et Séléné © Mapomme



28 juillet





Le soleil fond sur la plaine
Lourd comme une sourde peine
L'horizon se perd dans la brume
Noyé au-delà des agrumes

Le cri d'un geai a brisé
Le silence de l'été
Dans la chaleur de midi
De l'infernal paradis

Dans son habit de lumière
Le maquis comme une eau claire
Cerne de rocheux îlots
Jaillis des flots végétaux

Le corps mollement bercé
Par la chaleur de l'été
Je cherche un remède en vain
Au terrible ennui sans fin



Chiatra-di-Verde © Mapomme


Sapho




Sapho sur son rocher s'étonne
Du manque d'appréhension
Tandis que l'écume entonne
De sourdes lamentations

L'oubli a ouvert son drap
Brumeux au pied de Leucate
Un triton tendant les bras
Jaillit de l'eau qui éclate

Il s'évapore en un songe
Renaissant à chaque assaut
Doux compagnon du mensonge
Berçant la crainte du saut

Mieux que l'homme l'Océan
Saura caresser son corps
Créant un nouvel élan
Que ses disciples ignorent

Ses plus beaux écrits enfouis
Dans l'émeraude profond
Ont trouvé le faux oubli
Secret jaloux des poissons

En vain cherchez sur la grève
Un corps que garde la vague
Dans les fonds marins du rêve
Se trouve sa tombe d'algues



Sapho © Mapomme


Courbes et déliés




Arabesques de l'écriture
Brunes danseuses orientales
Dans vos contours dans vos courbures
S'enflent les mots et l'idéal

Dessinant des sonorités
Evoquant d'intimes images
Dans l'ombre et la complexité
Je les cache et je les partage

J'envie les moines calligraphes
Enlumineurs de manuscrits
Qui composaient des paragraphes
En orfèvres des mots écrits

Sur le papier ma plume court
Mais elle en oublie l'esthétique
Car on n'entend que le bruit sourd
Du métal grattant frénétique




Danseuse calligraphe © Mapomme



Feux sans flamme




L'amour sans s'aimer
La drôle d'idée
C'est comme une ébauche
Maladroite et gauche
Un entraînement
Un échauffement
Jeu initiatique
Formation technique

Des adolescents
Comme leurs parents
Au bord de l'angoisse
S'embrassent s'enlacent
Un peu comme on fume
Clopes qu'on allume
Pour vieillir un peu
Et par crainte de

N'avoir pas vécu
N'avoir rien connu
Qu'il est lent trop lent
L'amer cours du temps
Certains vont courir
De peur de mourir
Car l’enfant s’efface
Les espoirs trépassent

Il leur faut vraiment
Vivre intensément
Et continuer
D’aimer sans aimer
Jusqu'au jour fatal
Un beau jour banal




Amants © Mapomme
d'après une photo de Pierre JAHAN



vendredi 1 juillet 2011

L'Egyptienne





Sur un âne perchée
Le long d'un mur de pierres
Va sans se dépêcher
A travers la lumière

Une jeune égyptienne
Belle enfant aux yeux noirs
Sur une route ancienne
Toute chargée d'histoire

Beau diamant brut qui luit
Sur cet âne harassé
Le jour naît de la nuit
Du chaos terrassé





Une jeune Egyptienne © Mapomme