dimanche 4 août 2024

Élégies. Un esprit agissant

Quand je vois un oiseau, un poisson, un lézard,
Un chat ou bien un chien, souvent je m’interroge ;
Certe, ils ne semblent pas s’intéresser aux arts
Et, à nos interdits, je parie qu’ils dérogent !

Sur mon épaule, un soir, s’était perché, d’un coup,
Un jeu fauconneau, auquel le cours étrange
Du destin avait fait, qu’avec mon grand bagou,
Je donnais à becter la viande crue qu’il mange.

Il me faisait songer au chat que j’aimais tant,
Quand, enfant, je vivais sous d’autres latitudes ;
De ce temps, j’ai senti un être palpitant,
À travers son regard et sa mansuétude.

Oui ! Une âme frissonne, à travers un regard,
Quand un oiseau se fie à une voix aimable ;
Pourtant, mes procédés sont quelque peu ringards
Et, à bien des égards, assez peu estimables.

Au fond, nous demeurons de civils animaux,
À peines améliorés, mais demeurés sauvages ?
Par nos excès, le monde a subi tant de maux :
Quel autre être vivant cause autant de ravages ?
Un esprit agissant © Mapomme

Élégies. Un être intemporel

Dans la pâle lueur d’une lune argentée,
Paraît la dégaine d’un être intemporel,
Ténébreux, immobile, l’âme désenchantée ;
Viendrait-il des enfers, du monde incorporel ?

Qu’es-tu, sombre entité, nimbée de son mystère,
Qui, dans la nuit muette, erre sur les créneaux ?
La cité endormie aux rituels austères
Ne te vois pas marcher tout près des arsenaux.

Moi qui ne puis dormir, sans raison très précise,
Je vois ta silhouette aller sur les hauts murs ;
La nuit est silencieuse et, de ce fait, exquise,
Les lieux les plus obscurs en paraissant plus sûrs.

Serais-tu un lépreux qui, à la nuit, promène
Ses chairs rongées du mal effrayant tant les gens ?
L’ignorance produit ces réactions humaines,
Qui les font fuir, hormis sous la lune d’argent.

Ou reviens-tu hanter les lieux où, d’un crime,
Pour voler ton blason, ton argent, ton destin,
Un parent fit de toi l’inconsolée victime ?
Les cités sont le fruit de conflits intestins.
Un être intemporel © Mapomme

samedi 3 août 2024

Élégies. Aulnes et peupliers

Pleurez des larmes d’ambre, en la rivière allant
Vers le fleuve et la mer, pour marquer la tristesse
Du décès d’un frère des cieux dégringolant,
Ayant conduit un char, sans aucune justesse !

Un parent périssant plonge dans l’affliction
Et si les dieux puissants ont leurs raisons, qu’importe !
Ce brusque arrêt des cieux, fichue malédiction,
Viendra broyer le cœur et à la rage exhorte.

Aulnes et peupliers, vastes forêts de pleurs,
Que vos larmes ambrées, aux rives boréales
Montrent le désespoir des dolentes pâleurs
D’inconsolables cœurs aux peines sororales !

Ainsi, bien des forêts naissent dans les maisons,
Muettes dans l’ombre, préférant l’eau à l’ambre ;
Passeront les années, menant à la raison,
Mais les feux de l’été se teindront de décembre.

Ces forêts recluses frissonnent, par moments,
Devant un fauteuil vide et la parole absente ;
La maison est plongée dans un muet tourment
Et que de nostalgies demeurent sous-jacentes.
Aulnes et peupliers © Mapomme
d'après un photomontage demeuré anonyme

vendredi 2 août 2024

Élégies. Le baisser de rideau

 Il faudra bien qu’un jour, un matin, une nuit,
On tire tristement l’ultime révérence ;
Fin de l’acte et rideau ! Sur scène, plus un bruit,
Quand un seul personnage a fini son errance.

Les feux de la rampe se trouveront éteints
Pour celui occupant le devant de la scène ;
De chacun est connu le tragique destin,
Ce qui n’empêche pas les larmes et la peine.

Les spectateurs parlent du héros disparu,
Regrettant son décès et qu’ainsi tout s’achève ;
Cependant le final, d’avance était couru,
Et on trouve la pièce un tantinet trop brève.

Ce qu’on veut ignorer est que tout un chacun
Est l’acteur principal d’une vraie tragédie ;
Qu’il soit un bel humain ou un triste faquin,
Au baisser de rideau, la vie le congédie.

Quel est le vrai auteur de chaque amer récit ?
Spectateur et acteur d’une mise en abyme,
De son destin, qui sait le dénouement précis ?
Au baisser de rideau, nous serons la victime.
Le baisser de rideau © Mapomme
d'après Ladislav Mednyanszky et la Comédie Française

Élégies. Ad vitam æternam

Des amis pour la vie, d’accord, mais jusqu’à quand ?
Il n’est de compagnie douce qui ne se quitte ;
Ad vitam, nous dit-on, en termes éloquents,
Oui, mais sans æternam, la durée est réduite !

Un arbre du maquis se croit vert à jamais,
Deux cent mille feuilles le drapant de verdure ;
À l’automne venu, tout vent mauvais permet
D’éparpiller les feuilles dont l’amitié perdure.

Pareillement s’en vont les amis d’autrefois,
Dont le vivace lien semblait impérissable ;
Adieu les beaux serments, les professions de foi,
Par la vague effacés car écrits dans le sable !

Qu’attendre des serments des inconstants ados,
Ne sachant ce qu’ils sont, où les conduit leur vie
Résumée à trois mots, métro-boulot-dodo,
Feuille morte en l’humus, aux forêts asservie ?

Bourrasque automnale, leurs pactes à tous crins,
Tu emportes soudain tel un fétu de paille !
À quoi bon les dépits, colères et chagrins ?
Fêtons les jours présents, lors de vaines ripailles.
Ad vitam aeternam © Mapomme
d'après Jan Harmensz van Bijlert

jeudi 1 août 2024

Élégies. Du sale air au salaire

De mes jeunes années, garçon sans vrai bagout,
Les filles de ce temps, aimant les mauvais diables,
Ne me trouvais pas beau, du moins pas à leur goût,
Ayant l'air ennuyeux d’un gars recommandable.

Je ne savais jouer le Scapin sacripant,
Pour un père restant l’exact anti-modèle ;
Triste malédiction ! N’ayant rien de flippant,
Trop poli, les filles partaient à tire-d’aile.

Pourtant, j’avais un jean, un blouson délavé,
Et fumais des blondes, simplement pour la frime !
Bien que voulant paraître un garçon dépravé,
En fait, je n’étais rien qu'un amateur de rimes !

J’ai joué le poète et puis je le devins,
Alors que les sonnets n'étaient plus à la mode ;
On prend de faux habits, qui ne sont pas si vains,
Car ce moi n’avait rien d’un nouvel épisode.

Enfin, je me grimais, avec un look sérieux,
Décrochant un vrai job et surtout un salaire ;
Par un retournement du destin très curieux,
En étant si peu moi, j’eus enfin l’heur de plaire.
Du sale air au salaire © Mapomme

Élégies. Bacchus, emplit ma coupe !

Je m’enivre de vin, dispensateur d’oubli ;
Bacchus emplit ma coupe et submerge ma peine,
Car des joies d’autrefois un grand nombre a pâli,
Qui ont hélas fini tout au fin de la benne.

Les ceps sont alourdis des grappes mûrissant
À l’abri des feuilles, se gorgeant de lumière ;
Les cigales chantent le charme assoupissant
Des prières sacrées des aurores premières.

Les milans voltigent dans l’azur ébloui,
En se faisant la cour par des acrobaties ;
 Malgré tout le bonheur, déjà évanoui,
A quitté les tablées des chaudes facéties.

Une ombre erre toujours, dans les pâleurs du jour,
Absente et si présente, un siège restant vide ;
L’été nous a trahis, nous livrant sans recours
Aux regrets d’un départ, adorateurs sans guide.

Enivrons nous de vin, livrés en ses vapeurs,
Quand l’échanson nous sert un nectar en carafe !
L’été ne sera plus, car nous aurons si peur,
Qu’on grave dans le marbre une fraîche épitaphe.
Bacchus, emplit ma coupe ! © Mapomme
d'après Diego Velasquez