mercredi 8 février 2023

Incantations. À l’orée de l’Automne

Où est passé ce temps où j’allais jeune faune
Et dans l’onde espérais égaler les dauphins ?
Sur la plage jouaient avec un ballon jaune
Quatre Néréides dont l’allant n’était feint.

Sur la grève songeait craignant déjà l’automne
Une sirène triste qui pressentait la fin
De l’été chancelant menacé sur son trône
L’équinoxe minant son prestige défunt.

Nous étions alors dieux car ivres de jeunesse
Et l’ignorions pourtant sous l’or brûlant du jour
Tandis que je cherchais une brune faunesse

Et espérais lui faire un jour prochain la cour ;
Je n’avais en ces temps pas assez de finesse
Pour rendre ensorcelants mes amoureux discours.

Été où sont partis sirènes et tritons ?
Triste est le vin nouveau qui emplit nos rythons.

Une sirène triste © Mapomme

mardi 7 février 2023

Incantations. Des murs entre les hommes

On se plaît à dresser des murs entre les hommes,
Qu’ils soient d’ordre factice ou en ciment armé,
Empêchant de sortir ou bien d’entrer en somme ;
À cet ordre, soudain, il faut se conformer.

Dans ces enclos murés, simple bétail nous sommes,
Parqués par les tyrans pour longtemps enfermés ;
On ne veut pas nous voir un seul jour autonomes
Et sans aucun moyen d’un jour nous affirmer.

Mais les murs les plus hauts, avec ou sans trompettes,
Tombent avec fracas au milieu des clameurs,
Car on ne tient pas clos les peuples à perpète !

L’écho de cette chute effraie les affameurs,
Aux mensonges grossiers que sans cesse ils répètent.
Il suffit de si peu : parfois d’une rumeur !

Ébranlez tous les murs comme le fit Samson
Et qu'aux tyrans l'écho serve enfin de leçon !

Des murs entre les hommes © Mapomme

Incantations. Labyrinthe des craintes

Souvent les parents font pour leurs enfants des rêves
Mais ces espoirs dorés ne sont qu’un vil limon
Dans lequel dépérit ce vieil arbre sans sève ;
Ces rêves sont soufflés par quelques vieux démons.

Ils gâtent l’avenir et des projets en crèvent
Ceux que font les enfants intrépides aiglons ;
Les craintes des parents n’offrent jamais de trêve
Laissant à l’oisillon le poids d’ailes de plomb.

Celui des pénuries en des temps de misère
Quand lourds étaient les ans et maigres les espoirs
Après les privations et les échos des guerres.

Ces ans que les anciens craignent tant de revoir
Leur lèguent à présent qu’ils ont le nécessaire
La peur de perdre tout ce qu’ils ont comme avoirs.

Les parents font ainsi le malheur des enfants
Héritant du passé des tourments étouffants.

Labyrinthe des craintes © Mapomme

lundi 6 février 2023

Incantations. Bien fol qui voudrait mettre en équation l’amour !

Jeune matheux j’aimais résoudre des problèmes
Et vaincre l’abstraction s’avérait ma passion ;
Ce n’était pas le cas face à mon grand dilemme
Car on ne soumet pas l’amour en équation.

La raison la passion s’opposent à l’extrême :
L’une sait modérer des gens les relations
Quand l’autre interdira fonctions et théorèmes ;
Le cœur n’obéit pas aux extrapolations.

Le matheux foudroyé se perd en conjectures
Qu’il ne peut démontrer malgré tout son savoir ;
Or ce cas jour et nuit l’obsède et le torture.

De vaincre l’incertain il se fait un devoir ;
Multipliant les voies il gribouille et rature
Bloqué par un écueil qu’il ne pouvait prévoir.

On cherche en vain la clé de nos inclinaisons
Celles du coeur hélas demeurant sans raison.

L'amour en équation  © Mapomme
Avec Jean-Pierre Lastrajoleinstein

dimanche 5 février 2023

Réminiscences. Comment voler sans ailes ?

Tout n’est qu’immensité hostile à l’être humain
Qui voudrait voyager, dans des parfums d’épices,
Vers des marchés fleurant l’anis et le cumin.

Je ne verrais jamais ces jardins des délices,
La terrasse où l’on goûte un doux thé au jasmin,
Les paniers colorés aux bâtons de réglisse,
Palette hypnotisant qui en fait l’examen.

Mais défroque de chairs, à jamais éclopée,
Sans ailes pour voler et t’élever enfin
Vers l’azur au-dessus des sombres canopées,

Tu ne pourras combler cette insatiable faim
Des lointains inconnus, aux douces mélopées,
Et ton âme enivrer de couleurs et parfums.

Tes rêves de couleurs de gris sont altérés,
Veil oiseau déplumé, dans ta chaise, atterré !
Les marchés fleurant l'anis et le cumin  © Mapomme

mercredi 25 janvier 2023

Incantations. Sur la falaise, aveugle

Un peintre sans esquisse un auteur sans projet
Sont un champ en jachère un jardin décati ;
Un vieil arbre sans fruit que dédaigne le geai
Un mas livré aux vents des pluies ayant pâti.

La toile reste vierge amputée d'un sujet
Et la page blanche sans un thème abouti ;
Vieux crâne où sont les temps où plein tu regorgeais
D’idées tel un grenier maître de tes outils ?

Mais tes champs ont brûlé et tu fais les cent pas
Dans l’atelier-bureau sans flamme créatrice
Car ta muse a perdu ses vivifiants appâts.

Privé de toute ode vive et inspiratrice
Tu vas sur l’océan navire sans compas
Las d’évoquer toujours les mêmes cicatrices.

Ta muse s’éclipse et sans rimes ni tripes
Tu tâtonnes des vers plus aveugle qu' Œdipe.

Sur la falaise, aveugle  © Mapomme
D'après Antoni Brodowski, Winslow Homer et Laura Knight

mardi 24 janvier 2023

Incantations. Un vrai futur de rêve

À travers le monde ta quête sera vaine :
De Floride en Asie tu es né pour mourir ;
Légendaire Jouvence où donc est ta fontaine
Après laquelle on voit le monde entier courir ?

Cette espérance en fait est quelque peu malsaine
Lorsque l’humanité a peine à se nourrir ;
L’homme ce cabotin ne veut quitter la scène
Sous l’humus refusant de voir sa chair pourrir.

On prolonge la vie grâce à la médecine
Espérant de la mort pouvoir bientôt guérir
Et on voit bien des fous que cette idée fascine !

Plus besoin des enfants si nul ne va périr
Et si demain quelqu’un arrive et t’assassine
Il suffira d’aller quelque clone quérir.

Mais pourra-t-on choisir qui ne devra renaître
Et qui de l'affreux tri sera demain le maître ?

Un vrai futur de rêve  © Mapomme