lundi 23 décembre 2013

Sonnets. L’ivresse de l’abysse

Espérer dans le noir quand l’espoir paraît vain
Frémir au jour venu pour un absent sourire
S’enivrer d’une voix comme on savoure un vin 
Être saisi de fièvre et proche du délire

Rêver de conquérir un bibelot divin
Craindre l’airain barbare aux portes de l’empire    
Se trouver ballotté entre Olympe et ravin 
Aimer jusqu’au martyr l’emprise du vampire

Il faut être dément pour chérir le supplice
Qui jusqu’à la lie nous fait boire le calice      
Le ventre tout noué de l’incertain poison

Mais que vaudrait la vie sans cet amer délice
Quand le cœur est comblé par un soleil complice
Mieux nous chaut le regret que la froide raison
Equilibriste © Mapomme

vendredi 25 octobre 2013

Sonnets. Couronne d’algues

Verte est la couronne toute d’algues tressée
Que leur tend une main surgie du lac sans fond
Surtout ne parlez pas comme tant de gens font
De peur d’effaroucher cette main bleue dressée

Vers des gouffres profonds que jamais nul ne sonde
L’aquatique entité née dès l’Antiquité
Fuira loin des rumeurs et de l’humanité
Brûlant et émondant les forêts moribondes

Nous n’apercevrons plus par cet écart fautif
De belles dames nues sortant des eaux frileuses
Nymphes réincarnées sous les nues nubileuses

Avec la tête ornée d’un végétal motif
Nos cœurs ne battront pas la folle démesure
D’un onirique instant qui la grisaille azure
 Le bain © Mapomme
(avec l'aide de Waterhouse)

jeudi 24 octobre 2013

Sonnets. Cécité en cité

Plus aveugle qu’Œdipe en la cité déserte
J’ai arpenté la nuit sans trouver le repos
Sombres étaient les rues et les nuées inertes

Dans le dédale éteint tout près des entrepôts  
Longeant les quais du port assurant la desserte
Je vais au lieu d’où part un permanent troupeau

Ailleurs est comme ici un rêve mensonger
Où le mourant s’éteint sous d’analogues cieux
Les aubes féroces offrent des jours odieux
Nulle nuit ne parvient à leur donner congé 

Œdipe fut bien sot de se crever les yeux
La pointe des ciseaux il aurait dû plonger
Dans son cœur dévasté car ce qui l’a rongé
Avec la cécité ne quitta point les lieux
 Œdipe © Mapomme

mercredi 23 octobre 2013

Sonnets. Terra incognita

Que de certitudes sertissent nos discours
Tandis que nous voguons vaisseaux livrés à l’ire
De l’océan des jours trop occupés à lire
Dans les feux constellés un sibyllin secours

Allons ménestrier enchante donc ma cour
Tant d’astres ici-bas brillèrent et pâlirent  
Certains de leur sang-bleu jusqu’au fond du délire
Parents amis aimés aux arguments si courts

L’amour seul empêchait d’à jamais nous fâcher 
Car d’aucuns professaient que les sangs sont semblables
Quelque soit notre aspect qui seul peut le cacher

Vers la terre inconnue filant inébranlables
A quoi bon ces bordées de vains boulets lâchés 
Nous serons si l’un coule un chœur inconsolable
Palsembleu © Mapomme


Sonnets. La Pygma-lionne

Tu n’as jamais aimé un seul de mes amis
Aucun de mes amours ni mon côté bohème
Tu n’épargnais pas plus mes tous premiers poèmes
Quel crime abominable avaient-ils donc commis

Tu poussais la cigale à devenir fourmi
Chacun de nous récolte les pauvres grains qu’il sème
Et les pygma-lionnes créent d’accablants problèmes
À se montrer soumis on ne vit qu’à demi

Le mieux peut s’avérer le pire des travers
Car un destin subi offrira moins d’ivresse
Et nos années dès lors comportent quatre hivers

Je me suis enchaîné au labeur par paresse
Et ma muse indolente a négligé mes vers
J’ai mes amis malgré ces vertus pécheresses
 Poulet-frites © Mapomme

lundi 21 octobre 2013

Sonnets. Greffe

Si dans les temps futurs flanchait mon palpitant
Je voudrais qu’on regarde à bien choisir l’organe
Pas un cœur slave empli de ces langueurs tziganes
Qui se laisse bercer d’un spleen propre aux Gitans

Surtout épargnez-moi pour la paix de mon âme
Un cœur bien trop meurtri au tempo hésitant  
Traînant depuis mille ans sa croix de pénitent
La croix de la passion à l’embrasante flamme

Car j’ai déjà donné du côté cœur en peine 
Avec des souvenirs qu’on ne peut effacer
Donc pas de cœur blessé balancé à la benne 

Non greffez-moi un cœur vierge de tout passé
Mais pas de pierre La mécanique inhumaine 
D’un cœur dit d’artichaut m’a sans cesse angoissé  

Greffe © Mapomme



samedi 19 octobre 2013

Sonnets. Psyché et moi

J’ai discuté le bout de gras avec les dieux
Au sommet de l’Olympe comme au fond des abîmes
Le satyre a souri et la nymphe a gloussé
Devant le fol orgueil de ma simple demande

Je ne quémandais point des lendemains radieux
Juste immortaliser ce souffle qui m’anime
Le divin tribunal a semblé courroucé
D’entendre un piètre humain visant ses plates-bandes

On jugea mes propos insidieux et odieux
Sidérant sans détours l’assemblée unanime
Mon vœu d’éternité se trouva repoussé
Et l’insolent exclu jusqu’à d’autres calendes

L’amour de la beauté vient partout se nicher
Les dieux m’ont méprisé et accepté Psyché     
 Le jugement des dieux © Mapomme