mardi 8 mars 2022

Amères Chroniques. Tri sélectif indigne

On voit se démener des citoyens du Monde
Pour envoyer des dons ou en vue d’accueillir
Des réfugiés fuyant des armées furibondes ;
De cette humanité on peut s’enorgueillir.

Sur cet élan on peut songer une seconde
Lorsqu’on voit les mêmes entrouvrant sans faillir
Des bras hospitaliers à toute tête blonde
Et jeter les brunes sans même tressaillir.

En ces temps écolo s’il est vraiment utile
De trier les déchets afin de recycler
Comme de se passer de tout achat futile
Peut-on faire le tri et sur tout renâcler ?

Nos cœurs sont barbelés de façon versatile
A certains réfugiés et sont fermés à clé.

Tri sélectif indigne  © Mapomme

lundi 7 mars 2022

Amères Chroniques. Les défunts d’Odessa ne sont pas ceux d’un film

Nous voici spectateurs muets et effarés
Voyageant dans le temps à l’époque lointaine
Où durant des années l’humain s’est égaré
À l’ombre des drapeaux d’affreux croquemitaines.

Que d’argent et de temps à longtemps préparer
Un flot de sang coulant de vivantes fontaines !
Que de budgets de mort sont venus s’emparer
Des efforts de recherche immolés par centaines !

Le destin capricieux supplicia Odessa
Lieu mythique d’un film marquant l’imaginaire
Qui dans tous les esprits son empreinte laissa ;

Un tyran échangea les rôles très binaires
Quand le libérateur s’en vint et oppressa
Un peuple paisible sous son joug sanguinaire.

Putin Crime  © Mapomme
d' après Le cuirassé Potemkine de Sergueï Eisenstein

dimanche 6 mars 2022

Amères Chroniques. Le potier sur son tour façonne l’avenir

Dans la glaise humide le potier sur son tour
Pétrira l’avenir des décennies futures
Améliorant sans fin ce monde de vautours
Où l’on tremble toujours devant des dictatures.

Son œuvre perfectible est l’unique recours
Pour préserver l’humain autant que la Nature ;
Il est semblable aux dieux qui de la boue du cours
D’un fleuve ont façonné les anciennes cultures.

Hélas ! certains potiers ne voient que le lointain
Et d’autres le passé qui jamais ne les lasse
Ignorant constamment le mal qui nous atteint :
Sur nos besoins toujours leur esprit fait l’impasse.

Qu’ils cessent de pétrir matin après matin
Un monde si distant de ce qui nous tracasse !

Le potier sur son tour façonne l'avenir © Mapomme

samedi 5 mars 2022

Amères Chroniques. Et au-delà du trait on franchit l’Achéron

Un simple demi pas et voici que l’on passe
De l’ombre aux feux d’un jour sans le fracas grondant
D’un orage lointain où l’inconnu trépasse
Sous la fureur d’un vent furibond l'émondant.

Un trait sur une carte une banale trace
Qu’un seul homme voudrait effacer cependant
Permet de n’être pas six pieds en terre grasse
Au nom d’un projet fou supposé transcendant.

La folie des hommes leur fait tracer d’un geste
Une frontière un jour afin de la franchir
Au son lourd du canon pour toute âme indigeste
Et signer des traités pour mieux s’en affranchir.

La frontière est utile et nul ne le conteste
A sauver tous les cœurs ne voulant pas fléchir.

Et au-delà du trait on franchit l'Achéron  © Mapomme

vendredi 4 mars 2022

Amères Chroniques. La nuit et le chaos

L’ombre vient du levant quand derrière les monts
S’éteint le feu du jour où nos craintes se lèvent.
Les Égyptiens croyaient que contre les démons
Du chaos le Soleil devait porter le glaive.

Quand dans l’obscurité nous allons à tâtons
L’aube d’un nouveau jour s’avère-t-elle un rêve ?
Contre le silence se heurte le bâton
Qu’aveugle on agite sans observer de trêve.

Sans nul pouvoir divin luttant contre un géant
Un ogre qui le broie — comme hier nos ancêtres
Bravèrent vaillamment les forces du néant 
Un peuple s’est dressé pour ne pas disparaître.

Si nous étions promis à l’abîme béant
Saurions-nous délaisser l'inertie du bien-être ?

Opération de Pacification  © Mapomme

jeudi 3 mars 2022

Amères Chroniques. Ensemencer les champs d'avenirs étoilés

Devons-nous renoncer à travailler la terre
Si le fruit retiré peut être décevant
Si la récolte hélas ! déçoit et nous atterre ?
Il faut continuer sous la pluie par le vent

L’apparent labeur vain de quête alimentaire ;
En des temps contraires aller toujours bravant
L’ironie du destin pour l’effort solitaire :
Défaisons sans arrêt tout lien nous entravant.

La vague patiemment a érodé la roche ;
Usons semblablement l’hostile condition ;
Que loin d’être accablé nul de nous ne raccroche.

Face aux intempéries nous avons la mission
De retourner la glèbe avec la même approche :
L'ensemencer d'espoirs sans nulle reddition.
Ensemencer les champs d'avenirs étoilés  © Mapomme
d' après un tableau de Jean-François Millet

mercredi 2 mars 2022

Amères Chroniques. Méfie-toi des beaux jours te masquant l’incertain

Ne crois pas que demain sera comme aujourd’hui
Vu que tout jour mauvais peut s’ensuivre du pire ;
Si un soleil doré depuis ce matin luit
Jamais à toute aube s’étendra son empire.

L’incertaine harmonie s’effondre dès la nuit
L’orage alors grondant sans qu’on puisse mot dire ;
Ainsi tombent sur nous des jours drapés d’ennui
Quand vague est l’avenir que nul ne sait prédire.

De doutes habité perplexe tu iras
Par des rues sinuant au gré de tes pensées
Sous les cieux obscurcis d’atroces embarras.

Des menaces sur nous sans cesse sont lancées
Et les épidémies de peste et choléra
Ne sont rien comparées à la crise insensée.

On voudrait comme toi — citoyen valeureux
Retrouver la saveur des fruits des jours heureux.

Sous les cieux obscurcis tous les fruits sont flétris © Mapomme