dimanche 15 avril 2012

La voix


J'ai comme un sentiment étrange et attristant

Il me tenaille au fil des jours et des années

C'est comme un chant une complainte surannée

Egrenant sans arrêt son refrain persistant



Il me tenaille au fil des jours et des années

Comme une voix à mon oreille répétant

Egrenant sans arrêt son refrain persistant

Et j'écoute figé pareil au condamné



Comme une voix à mon oreille répétant

« Cette vie n'est pas tienne et ce corps est damné »

Et j'écoute figé pareil au condamné

L'incantation maudite le chant envoûtant



« Cette vie n'est pas tienne et ce corps est damné

Attends ton vrai destin » dit la voix récitant

L'incantation maudite le chant envoûtant

Et je laisse s'enfuir les jours ces fleurs fanées



« Attends ton vrai destin » dit la voix récitant

« Tu n'es pas cet être soumis et trépané »

Et je laisse s'enfuir les jours ces fleurs fanées

Comme un trésor sans intérêt inexistant



« Tu n'es pas cet être soumis et trépané

Ce corrompu de ses rêves se délestant

Comme un trésor sans intérêt inexistant

Pour un honneur qui aide à supporter l'ânée »





La voix © Mapomme


A l'encre de l'ennui

Dans l'encre funèbre de l'ennui
Trempant ses plumes une par une
Un cygne blanc en corbeau se mue
Sans fin sa noirceur luit dans la nuit
Sombres armoiries confuses runes
Dans la lune son ombre remue

Aux rives caressées de tristesse
Le rêve a chu sous le poids des chaînes
Ballotté par la vague et l'écume
Epitaphe d'un espoir qui cesse
Toutes ses plumes d'ébène égrènent
De peine les brumes d'amertume

Scatophage des selles du temps
Vampire suçant son propre sang
Je voudrais à l'instar des saumons
Chevaucher l'an à contre-courant
Vaine bataille inutile élan
Jamais flot ne revint en amont

A l'encre de l'ennui © Mapomme



Rue des pas perdus

Rue des pas perdus,
Tous nos espoirs se sont pendus ;
Résonnent leurs pas
Aux échos des murs comme un glas.

Tous les destins morts
Se mêlent, formant un remords.
La faim d’infinis
Fait de nous d’éternels bannis.

Omis sur la rive,
De vaines envies fugitives
Sont jetées aux fers,
Avec nos aubes en enfer.

Rue des pas perdus
Tous nos espoirs se sont pendus :
Résonnent le glas
Aux échos des murs comme un pas.

Rue des pas perdus © Mapomme


L'enfance morte

Je suis l'enfant crucifié
Sur la croix des ménages
En dispute, en naufrage.
Je suis l'enfant terrifié
Sous qui tout disparaît
Avalé à jamais.

Je suis l'enfant mortifié
Par l'idée d'une vie
Qui s'écroule, engloutie.

Je suis l'enfant isolé
Au cœur froissé, blessé,
Déchiré, délaissé.

Je suis l'enfant désolé
De voir partir son rêve
A l'aube qui se lève.

Je suis l'enfant étiolé
Qui tend les bras en vain
Recherchant une main.

L'adolescent, seul, nu,
Pleurant l'enfance morte,
Tout en passant sa porte.


© Mapomme

lundi 29 août 2011

Numéroèmes. Le bouillon d'onze heures




Mon horloge est décatie :
Il y manque une bonne heure,
Outre qu’elle est mal bâtie.
Elle aurait fait mon bon heur,
S’il manquait une au lever,
Où je suis toujours crevé.
Mais non ! Il manque la douze,
Celle qui m’est la plus douce.
Quand je lis sans nul ennui,
Lorsque la lune jalouse,
Cherche en vain, en vain minuit.





L'erre heure © Mapomme


Numéroèmes. Que j’en dizain ou deux





Chère amie, chacun sa plaie.
Elle s’appelait méchamment
Par un nom qui vous déplaît.
Elle avait un moche amant,
Qui fut son aimé chaman.
Son nom s’épelait fort mal,
- Le nom de son affreux mâle -,
Un peu comme on éternue,
Un hurlement d’animal
Echappé d’une cornue.




Un balcon sur l'amer © Mapomme





Numéroèmes. Rien de neuf ne m’a, Muse !



La tragédie de ma vie
Est que tout éloquent m’use.
La poésie m’est ravie
Par l’affreuse cornemuse ;
Son histoire me méduse 
Et je fuis l’astronomie ;
Pas un mime ne m’amuse ;
Elle agit, mauvaise muse,
Dansant sur ma bonhomie.



Erato errata © Mapomme
avec un coup de paluche de Sir Edward John Pointer